Depuis la loi Besson du 5 juillet 2000, 10 ans déjà, chaque commune de plus de 5 000 habitants est tenue d’aménager une aire d’accueil pour les gens du voyage. Nombre d’entre elles ne respectent pas cette obligation, pour des raisons parfois techniques, mais le plus souvent politiques.
Des subventions étaient initialement prévues pour aider les communes à aménager ces aires, mais l’État a limité dans le temps son engagement et elles sont supprimées depuis le 1er janvier 2010. Seuls les 2/3 des places prévues ont ainsi été aidées.
En 2008, un rapport ministériel a établi que seuls 42% des 42 000 places nécessaires avaient été aménagées… et, récemment, le Conseil de l’Europe a tiré l’oreille de la France sur cette question.
Pierre Hérisson, qui fut le rapporteur de la loi au Sénat en 2000, dénonce : "les maires qui traînent les pieds". "Trop d’aires d’accueil n’ont pas été construites sous prétexte qu’il y avait des oppositions des élus ou des habitants, déplore-t-il. Et la loi est inopérante."
En effet, la loi ne prévoit pas de sanction à l’encontre des maires qui ne respectent pas la loi. Le préfet doit alors se substituer au maire pour réaliser l’aménagement aux frais des municipalités réfractaires. "Sauf que cette disposition n’a pas été appliquée une seule fois en 10 ans", souligne le sénateur Pierre Hérisson.
"Les premiers délinquants ne sont pas les gens du voyage, mais les maires et les préfets", confirme Laurent El-Ghozi, président de la Fnasat (Fédération nationale des associations solidaires d’action avec les Tsiganes et les gens du voyage).
Dans un tel contexte, et après le concert d’odieux discours discriminants de l’été,parmi lesquels Brice Hortefeux a brillé, quel ne fut pas mon étonnement de lire dans le Canard Enchaîné que Paris, avec ses 2,2 millions d’habitants, ne disposait toujours pas de la moindre aire d’accueil pour les gens du voyage. Bertrand Delanoë était pourtant bien au premier rang de la manif parisienne du 4 septembre de soutien aux Roms, et il n’est certainement pas insensible au sujet. Mais alors ?
La Ville de Paris avait bien prévu des crédits, déjà choisi un terrain d’une capacité de 30 places dans le XVe, entre le périphérique et le siège de France Télévisions. Le ministère de la Défense, qui entend bâtir à côté son futur « Pentagone » s’y est opposé. Et Philippe Goujon, député-maire de l’arrondissement, expliqua. Il n’évoqua pas des raisons de sécurité… mais de standing : « Vous imaginez une trentaine de caravanes à l’entrée de ce site de prestige ? » (Le Parisien, 2/9/10).
Il n’en demeure pas moins, pour rester synthétique :
- que Bertrand Delanoë a oublié de protester,
- que Paris n’a toujours pas d’aire d’accueil pour les gens du voyage,
- que l’on aimerait entendre les projets de la Ville sur la question,
- que le préfet n’a pas bougé
- … et que la loi a plus de 10 ans !
André Balbo
Sources : Le Canard Enchaîné, Le Monde, Le Parisien

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