Fin 1955, la France métropolitaine comptait 20,4 millions d’emplois (figure 1). Fin 2008, elle en comptait 26,3 millions, soit près de 6 millions d’emplois créés en 53 ans. Cette hausse traduit en premier lieu la progression de la population en âge de travailler. Sur cette tendance générale à la hausse se superpose l’effet des cycles conjoncturels. Ainsi, les périodes de fortes créations d’emplois (deuxième moitié des années 1960 et début des années 1970, deuxième moitié des années 1980, deuxième moitié des années 1990 et début des années 2000) alternent avec des périodes de stagnation, voire de diminution du niveau global d’emploi (fin des années 1970 et première moitié des années 1980, première moitié des années 1990 et plus récemment, 2008).
La hausse tendancielle de l’emploi est confirmée par les deux principales sources de suivi de l’emploi en France métropolitaine : les estimations d’emploi [issues de sources administratives et des Estimations d’emploi localisées (Estel) depuis septembre 2009] et l’enquête Emploi. Ces deux sources brossent cependant un tableau légèrement différent, avec une hausse de l’emploi un peu moins forte sur les 30 dernières années (1975-2008) dans l’enquête Emploi que dans les estimations d’emploi. Il faut en outre noter que l’enquête Emploi donne une évaluation de l’emploi en moyenne annuelle alors que les estimations d’emploi portent sur l’emploi en fin d’année. Ainsi, alors que les premiers impacts de la crise économique sur l’emploi apparaissent en 2008, l’emploi selon l’enquête Emploi augmente entre 2007 et 2008 en moyenne annuelle alors qu’il baisse selon les estimations d’emploi entre la fin 2007 et la fin 2008.
Ces écarts illustrent un fait important, qu’il faut garder en mémoire pour bien analyser les séries sur le marché du travail : l’emploi est une réalité complexe, et des sources statistiques différentes correspondant à des concepts (c’est-à-dire des définitions) différents de l’emploi peuvent aboutir à des messages légèrement différents. En l’occurrence, l’enquête Emploi correspond au concept d’emploi « au sens du Bureau International du Travail » (BIT) : est comptée comme ayant un emploi une personne déclarant avoir travaillé, ne serait-ce qu’une heure, au cours d’une semaine de référence. Avec le nouveau dispositif Estel, les estimations d’emploi, correspondent à un concept dit « BIT répertorié » : est comptée comme ayant un emploi une personne dont l’employeur a déclaré au moins une heure travaillée pendant la dernière semaine de l’année. Par ailleurs, l’enquête Emploi se limite au champ des ménages alors que les estimations d’emploi intègrent également les personnes vivant dans des habitations mobiles ou résidant en collectivité.

30 ans de transformation de l’emploi : un emploi plus féminin, salarié et tertiaire
La croissance de l’emploi sur les trente dernières années s’est accompagnée de changements profonds. En 1970, l’emploi était principalement masculin (65 %). L’industrie (26 %), l’agriculture (12 %) et la construction (9 %) représentaient à eux trois la moitié des emplois, et plus d’une personne sur cinq ayant un emploi exerçait une activité non salariée (21 %). En 2008, l’emploi est essentiellement salarié (91 %), tertiaire (77 %) et s’approche de la parité (48 % de femmes).
Une autre évolution marquante concerne les types d’emploi, avec une tendance générale à la hausse de ce que l’on nomme communément les « formes particulières d’emploi » : contrats à durée déterminée (CDD), intérim, contrats aidés1 et apprentissage.
De 1982 à 2010, la part de ces formes d’emploi a plus que doublé, passant de 5 % à 11 % de l’emploi total (figure 2) mais reste minoritaire. En revanche, chez les jeunes, la part de ces formes particulières d’emploi a augmenté tout au long des années 1980 et 1990 avant de se généraliser puisqu’elles représentent, en 2010, près de la moitié des emplois, contre un sur cinq en 1982 (figure 3).

Indépendamment de la tendance structurelle à la hausse entre 1991 et 2000, le recours aux formes particulières d’emploi est sensible aux variations de la conjoncture. Et la situation est différente selon les types de contrat. L’intérim et les CDD ont ainsi eu une croissance forte lors des phases de conjoncture « haute », et ont été en léger repli lors des phases de conjoncture « basse » (début des années 1990 et début des années 2000).
Ce caractère pro-cyclique s’explique par le fait qu’il s’agit de formes d’emploi plus flexibles auxquelles les employeurs recourent pour s’ajuster aux variations de la demande. De ce fait, ce sont les premières touchées par les réductions d’effectifs lorsque cette demande diminue.
Un chômage qui reste élevé
Les variations de l’emploi et de la population active se traduisent, par solde, par des variations du chômage (figure 6). Après une montée continue au cours des années 1970 et au début des années 1980, le taux de chômage en France métropolitaine est resté, pendant les 25 dernières années, à un niveau élevé, entre 8 et 10 % de la population active. Son profil suit celui des cycles conjoncturels, avec des baisses qui peuvent atteindre plusieurs points de taux de chômage en période de conjoncture haute (− 1,2 point entre 1987 et 1990, − 3 points entre 1997 et 2001 et − 1,4 point entre 2006 et 2008) et des augmentations en période de conjoncture basse (+ 2,8 entre 1990 et 1994 et + 2 points entre 2008 et 2010).

Le taux de sous-emploi a également un profil qui suit essentiellement les évolutions conjoncturelles. Ce taux représente la part dans l’emploi des personnes qui ont involontairement travaillé moins que ce qu’elles auraient souhaité : soit parce qu’elles exercent un temps partiel alors qu’elles souhaiteraient travailler plus (dans leur emploi actuel ou dans un autre emploi), soit parce qu’elles travaillent d’ordinaire à temps complet, mais qu’elles ont transitoirement travaillé moins que ce temps complet pour une raison externe (chômage technique...) En 2010, le sous-emploi concerne environ 5,9 % des personnes ayant un emploi, soit plus d’un million et demi de personnes. Comme le taux de chômage, le taux de sous-emploi est un indicateur de l’inadéquation entre l’offre et la demande de travail : ces deux taux suivent des évolutions comparables depuis le début des années 1990.

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