Le nouveau PDG de l’AFP Emmanuel Hoog (nommé en avril dernier) a jugé qu’il était stratégique pour l’AFP de fournir directement des informations au grand public. Sans être tout à fait entré dans le détail de ses nouveaux projets, il a évoqué dans un entretien au Monde vouloir être présent sur iPad, sur les « smartphones » et sur Internet. Il dit avoir également l’intention d’ouvrir un fil Twitter et un compte Facebook.
L’agence fera-t-elle payer les informations en ligne ? Y aura-t-il « une partie gratuite et une partie payante » ? Rien ne serait encore décidé, et M. Hoog se déclare ouvert à la discussion.
Inquiété par de tels projets, le SPQN (Syndicat de la Presse Quotidienne nationale) a commandité auprès de l’avocat Serge Smilevitch une étude juridique sur leur faisabilité. Cette étude, dont le contenu a été révélé hier par « la Correspondance de la Presse », souligne que le statut des agences de presse en France relève d’un statut réglementé par l’ordonance du 2 novembre 1945. Celui-ci définit les agences comme des « grossistes » qui ne peuvent délivrer d’informations qu’aux entreprises d’informations, et non directement au grand public. L’Unesco a jugé dans un rapport en 1953 ce rôle d’intermédiaire des agences « essentiel à toute démocratie ».
« Le législateur, qui a défini le statut de l’AFP dans la loi de 1957, a jugé important de se mettre en conformité avec les conclusions de l’Unesco ; en d’autres termes, il a confié à l’agence une mission d’intermédiaire impartial, qu’il a jugé indispensable au pluralisme et à la liberté de la presse » a expliqué Serge Smilevitch aux Échos.
« Il s’agit d’une mission de service public : comme les entreprises d’information n’ont pas les moyens de développer ce service, l’État participe largement à son financement, par l’intermédiaire de ses abonnements à l’AFP ».
Pour M. Hoog : « la vraie question est de savoir si la France veut garder une agence de statut mondial (la 3e) à l’heure d’Internet (…) Comment l’AFP, peut-elle se battre contre l’AP (Associated Press) et Reuters, qui eux proposent de l’information au grand public ? (…) Comment l’AFP (…), qui diffuse de l’information en 6 langues, peut-elle ne pas avoir de site Internet ? »
Pour Francis Morel, DG du groupe Le Figaro et président du SPQN : « Sur ce projet, l’AFP devra faire machine arrière. (…) On ne peut pas s’extraire du droit ! »
André Balbo
Sources : Le Monde, La Correspondance de la Presse, Les Échos

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