Les journalistes du Monde ont voté à plus de 90% pour la candidature de rachat Bergé-Niel-Pigasse de leur groupe.
Invité le 30 juin de Questions d’Info LCP/France Info/AFP, Alain Minc s’est dit « très surpris » que « ce journal (…) se précipite, tel ceux attirés par le joueur de flûte, vers celui qui a le carnet de chèques le plus élevé, indépendamment du fait que c’est un très bon entrepreneur ».
L’offre « BNP » l’a donc emporté et a entamé avec les instances du Monde des négociations exclusives. Elle réunit Pierre Bergé, riche mécène et ancien patron-fondateur du groupe Yves Saint Laurent, Xavier Niel, président fondateur de Free (Iliad), et Matthieu Pigasse, banquier d’affaires et propriétaire des Inrockuptibles. Elle prévoit d’injecter plus de 100M€ dans le groupe et n’envisage pas de suppressions de postes.
Comme on demandait à Alain Minc lors de cette émission son sentiment sur l’avenir du Monde, celui-ci a répondu : « On va voir ce que fera M. Niel, car l’argent est chez M. Niel ».
Toujours élégant, M. Minc a encore déclaré à propos des raisons qui emportèrent la décision des journalistes : « c’est lui qui met la plus grosse somme, je cours. Ainsi, va la vie. Les moeurs changent (...) Les journalistes sont allés au sac d’argent ».
Il a en outre glissé que : « Fabius (s’était) beaucoup agité aussi au profit d’une des offres » concurrentes. On se souvient que Nicolas Sarkozy avait été fortement soupçonné d’avoir voulu favoriser l’offre de Claude Perdriel-Orange-Prisa, en maniant même une menace… de poids.
Alain Minc, présent dans les instances dirigeantes du Monde pendant 22 ans, et ancien président du Conseil de surveillance du Monde, en avait été exclu en 2007 après de longues semaines de batailles contre la SRM (société des rédacteurs du Monde). Ainsi tentait-il ces dernières mois un retour par le groupe espagnol Prisa, associé à Claude Perdriel et à Orange, les trois constituant l’autre offre de reprise du Monde.
Par contraste, avec les réflexions amères d’Alain Minc, on peut souligner l’élégance dont a su faire preuve Claude Perdriel. Celui-ci, ayant annoncé au préalable qu’il ne s’opposerait jamais au choix que formuleraient les journalistes du Monde, a effectivement apporté au Conseil de surveillance sa voix décisive, comme Louis Schweitzer, à l’offre concurrente de la sienne. Respect, Monsieur Perdriel, et applaudissements.
André Balbo
Sources : LCP, France Info, Rue89

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