Le journaliste Fabrice Lhomme, à l’époque sur le site Mediapart, a participé aux premières révélations sur l’affaire Bettencourt. Aujourd’hui au journal Le Monde, comme son co-auteur Gérard Davet, également journaliste d’investigation, ils ont ensemble enquêté et publié chez Stock le livre « Sarko m’a tuer », sur 27 hommes et femmes qui furent brisés par Nicolas Sarkozy.
Parmi ses témoignages, la juge Isabelle Prévost-Desprez, vice-présidente du tribunal de Nanterre, qui fut dessaisie du volet de l’affaire concernant l’abus de faiblesse, affirme que l’infirmière de Liliane Bettencourt a dit avoir vu Nicolas Sarkozy se faire remettre de l’argent liquide chez la milliardaire avant l’élection présidentielle de 2007.
Cependant, l’infirmière, selon la juge, n’a pas osé confier cette information lors de son audition et elle ne figure donc sur aucun procès-verbal. En revanche, elle en fit la confidence à la greffière, à qui elle aurait avoué après son audition : « Je ne pouvais pas le dire sur procès-verbal ».
« Ce qui m’a frappée dans le supplément d’information que j’ai conduit, c’est la peur des témoins », témoigne la juge.
L’Elysée dénonce des « allégations scandaleuses, infondées et mensongères », mais il est dit que plainte ne sera pas déposée.
Pour le journal Libération, devant la révélation de faits d’une telle gravité, « il n’y a pas d’autre option que d’ouvrir une enquête ». On se souvient également d’un témoignage convergent, mais qui n’était pas lui oculaire, que fit un temps la comptable de Madame Bettencourt, Claire Thibout, qui préparait les enveloppes d’argent.
Celle-ci, dans le même livre, revient sur les circonstances de son témoignage. « La conversation est revenue sur Sarkozy. Là, dans ce commissariat sinistre, face à plusieurs policiers déterminés, je me suis rendu compte de ce qui se passait. Je mesurais les conséquences de l’interview. Je me suis dit, s’agissant du passage sur Sarkozy : “Je ne peux pas assumer ça.” Donc, je me suis contentée de dire qu’il “pouvait avoir touché”, car, comme je l’ai toujours dit, je n’avais jamais été témoin direct d’une remise d’espèces à un politique. »
François Fillon a jugé le 31 août que ces accusations n’étaient que des « allégations » dénuées de tout fondement, et il a souhaité que les procédures en cours « viennent rapidement » mettre un terme à ces « manipulations ».
Le secrétaire général du Syndicat de la magistrature, Matthieu Bonduelle, a déclaré au NouvelObs à propos des révélations de la juge dans le livre "Sarkozy m’a tuer" : « Ce qui me frappe c’est qu’on va plus poser la question de savoir si ces révélations ont été faites en bonne et due forme alors que, si elles sont avérées, leur contenu est scandaleux. L’essentiel est maintenant de vérifier ces propos. Si cette infirmière a bien dit cela, il appartient à la justice, dans le dossier du financement politique, d’en tirer les conséquences. »
André Balbo
sources : Sarkozy m’a tuer, Libération, Rue89, NouvelObs

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