Le rouge et le noir vont à nouveau flotter sur la capitale. Mais cette fois-ci ce ne sera pas pour la Cause du Peuple mais pour tenter de sauver tous ces bistrots, cafés, troquets un peu cradings, pas mal vieillots, ceux qui rechignaient jusque-là à investir le moindre kopeck dans leur décoration.
Aujourd’hui, les roitelets des zincs sont dos au mur et même les plus radins d’entre eux vont devoir cracher au bassinet. Question de survie, tout simplement. Et dans ces forts Chabrol de quartiers, la résistance s’organise. Remisées au fond des caves les vilaines tables en formica, balancées les douteuses chaises en skaï, adieux sans regrets aux murs de couleurs douteuses et cafardeuses.
Le relooking, c’est l’arme anticrise des patrons de cafés. « Entre 2 000 et 3 000 établissements ont fermé au cours des trois dernières années en région parisienne », selon le Synhorcat (Syndicat national des hôteliers, restaurateurs, cafetiers et traiteurs).
Pour attirer le client, les établissements doivent devenir plus confortables, intégrer souvent le wi-fi et écrans plats. Le Nord-Sud, rue du Mont-Cenis (XVIIIe), est en train d’être refaite. Des stores rouge et noir égayent la devanture, et l’intérieur subit la grande transformation. « Ça restera une brasserie traditionnelle, mais l’ensemble va être modernisé. C’était nécessaire : l’affaire était un peu vieillissante, elle n’avait pas bougé depuis trente ans. Avec le quartier qui devient plus bobo, il fallait remettre le café au goût du jour. »
La tendance aujourd’hui ? Le style néo-bistrot. Périmés et relous, la vague lounge des années 2000 avec ses accessoires, ses rideaux prune gros nuls, ses lumières tamisées de similis bordels où le soleil n’est jamais invité, et ses fauteuils de méchant velours. Bonjour le siège en osier, le meuble de bois foncé, façon bois foncé, et la faïence proprette aux murs. « C’est plus sympa comme déco. On a vraiment l’impression d’être dans un café parisien », juge Annie, habituée du Café Charlot, rue de Bretagne.
Si le client veut avoir l’impression d’être dans un bistro parisien quand il est dans un bistro parisien, c’est son droit !
André Balbo
Source : Le Parisien

envoyer par mail
Imprimer la page