Au Nom de la Mémoire
Le 23 octobre 2011 à 15h
« L’exigence de vérité nous impose aujourd’hui, plus que jamais, de lutter contre l’oubli. Ce mardi 17 octobre 1961, des algériens, des algériennes, en famille , qui manifestaient à Paris, dignement et pacifiquement contre le couvre feu que leur imposait le préfet de police , Maurice Papon. De Nanterre, Gennevilliers, Levallois, Bezons, ils ont quitté la banlieue pour rejoindre Paris. Endimanchés, en silence, sous une pluie et dans le froid, la manifestation quitte l’Opéra, à 18h. La capitale brille de ses enseignes lumineuses , sur les grands boulevards. Les consignes du FLN seront strictes. Il ne fallait pas rentrer en conflit avec les forces de l’ordre. Aucune arme était autorisée. C’est au rythme des « youyous » des femmes , qu’ils sont entrés au coeur de la capitale. Aujourd’hui, certains se souviennent encore de la traque des policiers, les coups tombent, les hommes blessés à la tête, aux bras, s’engouffrent dans le métro. Sur les trottoirs , il ne reste que des chaussures abandonnées, quand ce ne sont pas les corps blessés. Les Algériens de retour dans leurs banlieues, feront le triste compte des absents, des disparus, dans cette nuit tragique. 11538 Algériens seront interpellés dans la soirée du 17 octobre 1961. La Préfecture de Police procède à des réquisitions, pour « parqués » les manifestants. Stade de coubertin, Palais des sports de la porte de Versailles, Vincennes… Les jours qui ont suivi d’autres commandos de la préfecture s’organise. Le 20 octobre a lieu une manifestation des femmes et enfants qui réclameront la libération de leur père et mari. Elles aussi seront arretées et conduites dans des centres d’accueil réquisitionnés. Des expulsions ont été décidées dès le 18 octobre. A grand renfort de « charters » les Algériens seront éloignés du territoire. Conduits dans des bus de la RATP ils seront renvoyés en Algérie, dans des camps de regroupement.
Depuis plus de 20 ans notre association AU NOM DE LA MEMOIRE, et d’autres (LDH, MRAP, 17 octobre contre l’oubli , des écrivains (Jean Luc Einaudi, Didier Daeninckx) des universitaires (Olivier le Cour Grandmaison, Gilles Manceron), s’attachent à faire ressurgir cette date du 17 octobre 1961, journée honteuse de notre Histoire commune. Des livres, des expositions, des débats, pour sensibiliser sur cette tragédie absente de notre mémoire collective et aussi des manuels scolaires. Les rendez-vous annuels sont là pour imposer notre mémoire la vérité sur le massacre des Algériens à Paris. Comment transmettre un silence, une page blanche douloureuse ? En 2001, pour le 40e anniversaire la mobilisation fut importante. Une manifestation reprenant symboliquement le trajet emprunté par les Algériens en 1961, a rassemblé des milliers de personnes, parcours sur les grands boulevards, arrêt devant le Rex, rejoignant le boulevard St Michel. Sur ce pont st Michel , où dès le matin, un plaque commémorative avait été apposé par le Maire de Paris, Bertrand Delanoé, à la mémoire des Algériens. Voté au Conseil de Paris , la décision a été contestée par l’opposition, signe d’une nostalgie encore tenace. L’inscription est digne » A la mémoire des nombreux algériens lors de la sanglante répression de la manifestation pacifique du 17 octobre 1961″ Une avancée , tant exigée par le collectif oeuvrant pour cette reconnaissance. Parce que la France a la responsabilité de son Histoire , il faut aujourd’hui collectivement assumer ce lourd silence. Travailler contre l’oubli , c’est faire vivre la dignité. C’est donné le sens de la citoyenneté aux nouvelles générations françaises et issues de l’immigration, c’est reconnaître le passé. Et connaître le passé , participe de nos comportements futurs, sans malgré tout, nous assurer de ne pas les reproduire. Enfin, il me semble, qu’aujourd’hui 50 ans plus tard, se souvenir du 17 octobre 1961, loin d’être une revanche, est pour nos parents, plus que grand temps, c’est la dignité retrouvée. »
Samia Messaoudi AU NOM DE LA MEMOIRE
Programme :
15h-16h : projection du documentaire « le silence du fleuve » (52 mn) de Mehdi Lallaoui et Agnès Denis
Suivi d’un débat avec Mehdi Lallaoui, Olivier le Cour Grandmaison, universitaire
17h -18h30 : Présentation de l’ouvrage « 17 octobre, 17 écrivains se souviennent » en présence de nombreux auteurs.
Les rencontres seront animées par Samia Messaoudi, journaliste, association AU NOM DE LA MEMOIRE et Mohammed Ouaddane, de l’association TRAJECTOIRES

envoyer par mail
Imprimer la page