Roselyne Bachelot était hier devant la commission d’enquête parlementaire du sénat sur la campagne gouvernementale de prévention de la grippe A.
Le président de la commission était le sénateur apparenté communiste François Autain, qui commença par la question : "Certains des membres de votre cabinet ont-ils des liens avec l’industrie pharmaceutique depuis moins de 5 ans ?" La ministre : "Je ne connais pas leur CV par coeur, je vous ferais porter la réponse par écrit." Question et réponse un peu courtes, non ?
Si Roselyne Bachelot a pu paraître parfois un peu bravache concernant la politique d’achat massif de 94 millions de doses de vaccins "C’est au politique de prendre les décisions, je les assume !", elle a toutefois bien pris la précaution de préciser ensuite, pour l’essentiel, que les décisions stratégiques sur le sujet avaient été arrêtées "en réunion interministérielle le 3 juillet, sous l’autorité du Premier ministre".
Si les interrogations se déplacent, ne demeurent-elles pas pleines et entières ? Et la conséquence d’une telle réponse ne serait-elle pas que Roselyne Bachelot n’était peut-être pas la bonne interlocutrice de cette commission d’enquête parlementaire ? Et quels ont été les avis émis qui guidèrent ces décisions prises "sous l’autorité du Premier ministre" ?
"En mai nous avons appris que le vaccin le plus prometteur était celui produit par GSK (...), nous avons passé un accord pour acquérir en plus 50 millions de doses chez GSK."
François Autain lui réplique : "C’était ruineux ! Vous auriez pu diminuer les commandes, une fois connu le risque moins important que prévu du virus H1N1." Réponse de la ministre : "Mais nous avons renégocié récemment et avons renoncé à la commande de 50 millions de doses."
Pas un mot ne sera prononcé en revanche sur les ratages dans l’organisation des vaccinations dans les centres municipaux et sur la facture totale consacrée à cette grippe A qui "dépasse tout de même le milliard d’euros" selon le sénateur MoDem Jean-Jacques Jégou.
Une audition donc bien frustrante, qui aurait certainement gagné a être préparée avec plus de soin et de pugnacité. Non pas pour trouver ici des coupables, mais parce que la mécanique en jeu se reproduira encore et encore, et qu’aucun garde-fou à la lumière de cette occasion n’aura pu être érigé contre les "influences" et les conflits d’intérêts, jamais bien éloignés de la santé publique.
Dans les réponses, les évitements apparaissent bien évidemment trop désinvoltes. Attendons donc de prochaines révélations...
André Balbo
Source : Le Parisien

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