Un jour, Mitterrand avait invité quelques artistes à l’Élysée, dont Renaud et moi, se souvient Bernard Lavilliers. Il m’avait demandé : « Et vous, Bernard, que faites-vous en ce moment ? » Je lui avais répondu : « Comme d’habitude, je chante les causes perdues sur des musiques tropicales... ». Les causes perdues sont les plus belles, bien sûr. Mais je n’aurais pas intitulé un album seulement « Causes perdues ». J’y tiens, même si on ne parle plus, aujourd’hui, de musiques tropicales. Avant la world music, c’est comme cela que l’on appelait la musique brésilienne, la salsa, la musique antillaise… J’ai toujours aimé cette musique. J’ai commencé à jouer de la guitare avec les accords très compliqués de la musique brésilienne. Et j’aime que, dans ces musiques, les grandes chansons ne soient pas toujours joyeuses, même si on danse dessus comme des fous.
Bernard Lavilliers s’est souvenu de sa conversation avec le Président à l’heure de donner un titre à son nouvel album. Ce sera Cause perdues et musiques tropicales. Les causes perdues sont de Paris, de New York, des rives nord de la Méditerranée et de quelques ailleurs pittoresques. Et, comme souvent avec lui, les musiques viennent de partout pour s’emmêler avec passion et décrire le monde dans sa pleine dureté autant que dans ses vives lumières.
Tout l’album est vraiment dans ces couleurs-là, entre colères et danse, entre fracas du monde et sono mondiale, la fibre de l’indignation et de la solidarité et la palette des musiques de nuit de Lavilliers. Des exils, des défaites, des désespoirs amoureux et toute une confrérie de musiciens du voyage : Mino Cinelu compose et produit la frénésie tragique de Coupeurs de cannes, Fred Pallem réinvente un funk cinématographique vintage pour le très brooklynien Je cours, David Donatien cherche des échos de mazurka antillaise pour Sourire en coin, Georges Baux convoque la batterie encyclopédique de Cyril Atef, les guitares de Seb Martel, le bandonéon de Juan José Mosalini, mais aussi des percussions afro, latines, un cavaquinho capverdien ou des guitares sebene congolaises...
Bernardl écrit à Paris sur l’ailleurs, écrit ailleurs sur Paris, met des mots d’ici sur des musiques de là-bas, crie sa colère de citoyen français dans Identité nationale… Toujours voyageur, toujours poing levé, toujours danseur, toujours poète.
Sortie le 15 novembre 2010.
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