Décidément ces derniers temps, de troubles histoires viennent ternir le monde de la mode à Paris (Guerlain, Galliano). Et certaines de ces histoires viennent d’assez loin.
Dans sa biographie richement illustrée de Gabrielle Chanel, Edmonde Charles-Roux n’avait fait que suggérer cette piste, mais on sentait bien à la lecture que les années de l’Occupation n’étaient pas les plus documentées du livre.
De même, dans la notice consacrée à Chanel du Dictionnaire international de la mode, aux Éditions du Regard, considéré comme un des tout premiers ouvrages de référence dans le domaine de la mode, la période de la Seconde Guerre mondiale est-elle clairement éludée.
Une toute nouvelle biographie de Coco Chanel vient d’être publiée le 16 août aux USA, chez Knopf Publishing Group. Elle est de l’Américain Hal Vaughan : « Sleeping With the Enemy, Coco Chanel’s Secret War » (Coucher avec l’ennemi, la guerre secrète de Coco Chanel).
L’auteur avance, en s’appuyant sur des documents de l’administration nazie, que la créatrice avait bien été recrutée en 1940 dans l’Abwehr, et qu’elle avait été répertoriée comme agent secret. Elle avait à l’époque une liaison avec un officier allemand, le baron Hans Gunther von Dincklage, qui était un des hauts responsables à Paris de la propagande. Hal Vaughan, cité dans The Daily Beast, dit aussi : « Elle devint riche en se faisant apprécier des très riches et partageait leur détestation des juifs, des syndicats, des francs-maçons, des socialistes et du communisme. Elle estimait après 1933 que Hitler était un grand européen. ».
Pour la maison Chanel, s’il ne peut être nié, délicat euphémisme, « une part de mystère » dans la vie de Coco, « on ne peut pas laisser dire » qu’elle ait été antisémite. « Aurait-elle (…) eu des amis d’origine juive parmi ses intimes et ses relations professionnelles, tels que la famille Rothschild, le photographe Irving Penn ou l’écrivain français Joseph Kessel si elle avait réellement eu cette posture ? »
À la Libération, Coco Chanel fut arrêtée pour crimes de guerre. Elle fut rapidement sauvée de très graves ennuis sur intervention de son ami Winston Churchill ou du Duc de Westminster, qu’elle avait connu avant-Guerre. Puis elle émigra de longues années en Suisse, avant d’effectuer un retour à Paris, couronné de succès, au milieu des Années 1950.
André Balbo
sources : Hal Vaughan, France Inter, Le Monde, The Daily Beast, Libération

envoyer par mail
Imprimer la page