Le ministère de la Culture et le secrétariat d’État au Tourisme feraient étudier par un cabinet la possibilité de créer de l’hébergement privé, au sein de 20 monuments nationaux. Les critères retenus seraient : les espaces disponibles, le potentiel touristique, l’offre existante d’hébergement sur le secteur, la clientèle, le développement d’autres activités marchandes et le chiffre d’affaires potentiel.
Pour Thomas Pucci, de la CGT monuments historiques : « c’est une orientation gravissime sacrifiant sur l’autel de la rentabilité les missions de service public culturel. » Il mentionne les « inévitables problèmes de conservation, comme les jardins du domaine de Saint-Cloud lors du festival Rock en scène », sans compter que « la fermeture de certains espaces au public revient tout simplement à une privatisation de l’espace ».
À ce stade, le ministère de la Culture répond « qu’il ne s’agit que d’une étude de faisabilité », et que, comme les paradores en Espagne, « l’idée est de dégager des revenus supplémentaires en exploitant des lieux inutilisés, à l’image des concessions commerciales qui existent déjà dans les monuments nationaux… l’habitat en plus.
Pour Florence Évin du Monde, la récente affaire de l’hôtel Lambert pourrait être porteuse d’un certain nombre d’enseignements. Elle rappelle qu’après 12 mois de polémique et un jugement administratif qui annula l’autorisation ministérielle, l’affaire vient de se solder par un compromis. Ce cas exemplaire pose les limites d’une intervention sur un édifice classé monument historique.
En deux mots, le projet initial de réhabilitation de ce joyau du XVIIe siècle bâti par Louis Le Vau pour le secrétaire de Louis XIII, qui prônait un retour à l’état supposé du XVIIe avec une modernisation très pointue du confort intérieur a été jugé trop brutal, et a été sérieusement amendé. Les experts du patrimoine sont montés au front, relayés par les sommités des arts et des lettres et la vox populi (une pétition de 8 000 signatures), jusqu’à obtenir gain de cause.
Si tous les feux étaient braqués sur l’hôtel Lambert, auxquels les Parisiens sont particulièrement attachés, il n’en sera peut-être pas de même pour les monuments historiques dont l’État cherche à se débarrasser (hôpitaux, tribunaux, prisons, ministères… comme l’hôtel de la Marine, place de la Concorde à Paris, bientôt libéré par l’Armée et au sort incertain. Avec quelle éthique et selon quels principes ces édifices seront-ils découpés, modernisés ?
Au profit de tous ? Pour une poignée d’investisseurs friands de défiscalisation ? La décentralisation envisagée des monuments de l’État pourrait se terminée en vaste braderie.
Parmi les 20 choisis pour être aménagés, en partie, en hôtels et restaurants, qu’il faudra bien alors rentabiliser, figurent les châteaux Bussy-Rabutin (Côte-d’Or), Carrouges (Orne), Cadillac (Gironde).
Quelle sera la doctrine en matière de sécurité, d’économies d’énergie, de respect des normes en vigueur ? « N’allons-nous pas condamner ainsi des bâtiments centenaires à une détérioration rapide ? »
L’Unesco a préconisé en décembre 2009 la plus grande prudence et suggère des mesures d’exception pour le patrimoine. Une directive européenne laisse la liberté aux administrations d’écarter du champ les monuments « protégés ». Comme quoi l’affaire de l’hôtel Lambert soulevait de vraies questions.
André Balbo
Sources : Le Monde, Le Parisien

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