L’annonce, par exemple, de la mise au point d’un gel vaginal préventif incluant un antirétroviral est à mettre du côté des bonnes nouvelles, et elle a enthousiasmé les participants. « Enfin les femmes vont pouvoir tenir leur sort entre leurs mains ! »
En revanche, en termes de déception, on est encore loin de l’accès universel aux traitements auquel les pays de l’ONU s’étaient pourtant engagés pour 2010 : 5,2 millions de personnes seulement seraient sous médication pour 10, voire 15 millions, selon les nouvelles normes internationales, qui en auraient besoin.
Par ailleurs, aucun dirigeant d’Europe de l’Est n’est venu à Vienne, pourtant proche, et si des députés de la Douma étaient présents et attentifs, ils ne se sont engagés à rien.
Michel Kazatchkine, le directeur du Fonds mondial pour le sida, a rappelé que les besoins des pays pauvres étaient de l’ordre de 13 à 21M$ pour 2011-2013.
L’inquiétude persistante sur les financements pour lutter contre le sida en temps de crise a amené les participants à se vouloir plus créatifs et à prôner une « révolution de la prévention ».
« Il y a 2 ans, lors du congrès de Mexico, nous étions dans une logique d’abondance (…) avec Vienne vient l’austérité ! »
Michel Sidibé, directeur de l’Onusida, a suggéré que les pays « participent à la prise en charge de certains des coûts », et défendu l’utilisation combinée des outils de prévention (circoncision, préservatifs, éventuellement gel microbicide), avec le traitement.
« Traitement et prévention, les deux ne sont plus séparables », a lancé la Prix Nobel, Françoise Barré-Sinoussi.
Mais comment distribuer les traitements tout au début de l’infection quand on n’a pas les moyens d’en donner à tous ceux infectés depuis longtemps et qui en ont urgemment besoin ?
Parmi les pays les plus frappés figure le Kenya, où 70% de la prévention et du traitement du sida dépendent de l’aide internationale. Après que le pays eut omis à deux reprises de solliciter l’aide du Fonds mondial pour la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, plus de 100 000 patients devront suspendre leur traitement.
L’émergence de nouveaux champs de bataille contre le sida s’ajoute aux difficultés susmentionnées. Les experts de l’OMS ont noté qu’alors que la situation est stable en Europe de l’Ouest, Afrique et Asie du Sud-Est, celle de l’Europe de l’Est et de l’Asie centrale se dégradait rapidement.
Parmi les quelque 100 000 nouveaux cas rapportés en Europe l’année dernière, 80 000 ont été recensés en Europe de l’Est, dont 15 000 en Ukraine, révèlent les statistiques de l’OMS.
Selon les fondations américaines de lutte contre le sida, le montant nécessaire pour la prévention et le traitement du sida à l’échelle mondiale s’établit cette année à 25Mds$ et presque la moitié de la somme ferait toujours défaut.
Etant donné le manque de financement, plusieurs projets d’aide ont été annulés, ce qui menace sévèrement tant la lutte mondiale contre le sida que la vie de nombreuses personnes infectées.
Enfin il a été imaginé que des aides soient demandées à des pays comme la Chine (qui va y réfléchir) ou l’Inde, ou que de nouvelles taxes soient instaurées sur les transactions financières.
Michel Sidibé, le directeur de l’Onusida, a exprimé l’espoir d’un rapprochement des labos qui produiraient une pilule unique, « moins toxique, plus simple »… « Ce nouveau programme consisterait à faire travailler les industriels sur un nouveau traitement. Il serait bon marché, beaucoup plus simple, sans effets secondaires, et on le prendrait toute sa vie sans devoir en changer tous les 5 ans (…) C’est un rêve mais il faut savoir choisir le bon rêve ! »
La 19e conférence internationale se tiendra à Washington du 22 au 27 juillet 2012.
André Balbo
Sources : Onusida, OMS, Libération, agence chinoise

envoyer par mail
Imprimer la page