Le rapport de 270 pages de la Cour des comptes sur la gestion, de 2001 à 2010, des 37 musées nationaux juge qu’elle est devenue « plus coûteuse, plus concentrée sur la capitale, et plus éloignée de ses objectifs de démocratisation ».
La progression des dépenses (directes et fiscales de l’État) sur la période a été de 58%, passant de 334 à 528M€.
Si la Cour constate cette forte croissance et salue l’offre culturelle étoffée comme l’accroissement de la fréquentation, elle ne peut que déplorer que les objectifs de rajeunissement du public et d’ouverture sociale n’aient pas été atteints. Ainsi les ouvriers sont-ils passés de 23 à 15% des entrées, les jeunes de 17 à 15,6%, et le taux de fréquentation d’un musée au cours des 12 derniers mois par les Français a stagné à 30%. Ce sont les retraités, les touristes et les inactifs qui sont venus plus nombreux.
Alors que les grands établissements demeurent toujours aussi dépendants financièrement de l’État (de 50 à parfois 80% !), ils ont conquis une indépendance administrative qui les fait échapper à la vigilance du ministère de la Culture. La loi Musées de 2002 prévoit un droit d’entrée de nature à favoriser un large public, mais les musées ont pu impunément augmenter librement leurs tarifs : +35,5% pour le Louvre, et +113% pour Versailles par exemple.
La gratuité accordée aux jeunes et aux enseignants n’a eu que des résultats « imperceptibles », mais a permis aux établissements de récupérer un manque à gagner évalué sur des bases erronées, représentant 20M€, soit 49% des 41M€ versés par l’État.
La Cour des comptes réclame que l’autonomie des musées, qu’elle ne remet pas en cause, soit assortie d’objectifs d’efficience.
Elle épingle le mécénat de compétence accepté par certains établissements, notamment lors de travaux, lesquels ne font même plus l’objet d’appels d’offres… Les mécènes sont alors libres de faire eux-mêmes leurs évaluations, les musées se contentant de délivrer les attestations fiscales… sans contrôles.
Enfin les effectifs des trois principaux établissements que sont le Louvre, le château de Versailles, et le Centre Pompidou, ont crû de plus d’un millier de personnes sur la décennie.
Dans la mesure où les grands chantiers en cours et à venir vont représenter 1Md€ d’engagement, dont « la pertinence économique et budgétaire devra être démontrée », la Cour préconise de redéployer les moyens consacrés à la politique de l’offre, au profit d’une politique des publics, afin de favoriser cette diversification des publics tant attendue… par la loi.
Le ministère de la Culture saura-t-il entendre le dévoiement constaté de la loi Musées et ce constat de laxisme dans « ses fonctions de pilotage national » ? Saura-t-il remédier à l’absence actuelle de réflexion sur l’évolution des métiers et des carrières ? À la « parisianisation » de la politique nationale et à l’abandon des musées régionaux aux collectivités territoriales ? Enfin à l’opacité des politiques tarifaires ? La Cour des comptes a formulé pour lui 23 recommandations. Il serait plus que temps qu’elles soient au plus vite mises à profit.
André Balbo
sources : Cour des comptes, Les Échos, artmediaagency.com

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