Dépêchez-vous de vous y rendre ! Car c’était une belle idée que cette rétrospective sur cet artiste qui nous surprend et nous touche. Vous aimez la photo, et/ou la pub, l’image, la peinture, le rythme, la danse, l’Afrique, la mode, les femmes, l’humour... et le bonheur ? Courrez-y !
Je me souviens d’un spectacle dont Philippe Découflé avait fait la chorégraphie, au Théâtre de la Ville. Les pieds de ses danseurs étaient lestés de grands couvercles circulaires de poubelles. Inoubliable. Et tout à fait dans l’esprit de ce que recherchait Jean-Paul Goude : surprise, rythme, images fortes et décalées...
Grace Jones, v magazine, Janvier 2008
Jean-Paul Goude avec Grace Jones, ou Laetitia Castanotamment mais pas seulement, réinvente le maniérisme. Il est capable d’être de tous les traitements. Il use de tous les arts pour sculpter, pour ses clients, mais aussi pour nous qui ne sommes souvent que des spectateurs "retenus, scotchés et éblouis, des personnages frétillants apporteurs d’humour, de poésie et de beauté.
Parce que Jean-Paul Goude a souvent eu une relation de Pygmalion avec ses modèles et ses muses, Edgar Morin inventa le néologisme de « Goudemalion » qui nomme la rétrospective. « Le Pygmalion légendaire était un roi de Chypre qui sculpta une statue à laquelle Aphrodite donna vie, puis épousa cette créature. Goudemalion, lui, sculpte une statue à partir de la femme qu’il épouse. Mais il n’en fait pas une statue de pierre, il en fait plus qu’une statue de chair douée d’âme, il en fait un être mythique où se transfigure la substance vivante, sans cesser d’être vivante, en créature de rêve et de légende. Ainsi Goude transforme et transfigure ses fantasmes, qui tournent autour du même trou noir de la Beauté féminine : il les transfigure en mythe ».
Bon. Personnellement, j’ai connu de meilleurs crus d’Edgar Morin... On voit bien l’idée en filigrane, mais le néologisme ne transmet rien de la vitalité, de l’humour, de la légèreté, du sens esthétique, de celui du rythme du personnage. Désolé Edgar. Peut-être une autre fois...
Le musée des Arts Décoratifs présente la première exposition rétrospective de Jean-Paul Goude à Paris : 40 années d’un parcours rythmé d’espaces intimes et de séquences plus théâtrales, à l’image de ce qu’a pu être, en juillet 1989, le défilé du Bicentenaire de la Révolution française, et dont les petites pierres blanches s’appellent ici dessins, objets, images photographiées ou filmées.
L’énorme locomotive, qui ouvrait le défilé de 1989 sur les Champs-Élysées, occupe le centre de la Nef, encadrée d’une galerie de portraits photo des différents groupes ethniques qui le composaient. Elle est aussi longée de deux rangées de moniteurs qui dévoilent une histoire que l’on peut donc suivre en se déplaçant.
Mais Jean-Paul Goude est le créateur de tant d’autres choses, si fortement personnalisées et si durablement gravées dans nos mémoires et dans notre imaginaire. Dans les pièces du musée, les alcôves de la rue de Rivoli, vous verrez six installations de ses créations dont la plupart d’entre nous se souviennent :
Toukie,
les Galeries Lafayette,
Grace Jones,
les ektas découpés de Kodak,
le mobilier-néon
et Chanel.
Carolina, photo peinte, New york, 1976.
Dans ces pièces, dans une semi-obscurité choisie, sont délivrés des messages et toute une noria d’images qui nous appartiennent dorénavant. Le "Vestige d’une romance enfouie", de 1986, grain de peau, grains de sable, corps déjà stylisé d’une femme poupée noire démembrée et perdue, crée déjà un premier roman-fleuve... Est-ce la main du Blanc qui est gigantesque, ou la femme noire, minuscule ?
Histoire suivante ? Sur chacune des 4 cloisons, par 3 ou 5 écrans où se meuvent des voyageurs, passe en continuité et avec fracas... un métro. Notre quotidien, enfermant, en sortir... Réalisation parfaite !
Puis d’autres images, des corrections morphologiques, des automates, ou des humains, corps perfectibles, terrestres extras !
Jean-Paul Goude est l’un des plus brillants « faiseurs d’images » de la création contemporaine. Il propose une vision à la fois rétrospective et créative de son œuvre à travers tous les champs d’intervention, de la mode à la photo, de la publicité au spectacle vivant.
Artiste-précurseur, manipulateur d’images, tour à tour illustrateur, directeur artistique, photographe, réalisateur, Jean-Paul Goude travaille aussi bien pour la presse, la musique, la danse que la publicité.

Ce brillant créateur a su avant tout inventer un style, un univers, et peut-être même, comme l’évoque avec son humour un peu particulier le titre de l’exposition, une mythologie personnelle, qu’il obtient en allongeant, coupant, gommant, étirant, démultipliant des réalités améliorables, ou tout au moins capables de se prêter à une recréation.
Certainement de la poésie et du rythme sont entrés avec lui dans l’univers de la mode, de l’événement, et de la publicité. Mais plus encore…
Allez revisiter en bloc l’univers de Jean-Paul Goude.
Arts décoratifs. Dans la Nef. Goudemalion. Jean-Paul Goude, une rétrospective. Jusqu’au 18 mars 2012.
Vous retrouverez dans l’article « 2012 à Paris : les grandes expositions de A à Z » les différentes expositions 2012 déjà annoncées par leurs établissements et musées, et dans l’article « Calendrier 2012 des grandes expositions à Paris », ces mêmes expositions classées par dates.
David méditant devant la tête de Goliath, d’Orazio Gentileschi, huile sur lapis-lazuli, exposition Artemisia
Nous nous efforçons de tenir ces articles à jour, et vous remercions des suggestions et corrections que vous pourriez apporter à ces programmes.
Nous tentons même de vous indiquer chaque semaine les nouveautés, les expositions qui fermeront bientôt leurs portes, et... nos préférences, car on ne se refait pas : "Que faire à Paris dans la semaine du..."
André Balbo
sources : musée des Arts décoratifs, Edgar Morin

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