Les affaires Strauss-Kahn et Tron (démissionnaire en 4 jours) participeront-elles à libérer la parole des femmes en France ? D’autres affaires apparaîtront-elles dans les semaines qui viennent, un peu comme cela fut le cas pour les abus sexuels commis, et passablement cachés, dans l’Église catholique ? Assisterons-nous sur ces sujets au grand déballage libérateur et purificateur ? Saurons-nous faire reculer un tant soit peu la phallocratie ordinaire qui gangrène la vie politique et, rêvons un peu, la vie sociale quotidienne de ce pays ?
Le 24 mai, Rachida Dati disait des hommes politiques au Grand Journal de Canal+ : « Je pense qu’il y en a beaucoup qui doivent être un peu stressés. Beaucoup qui regardent leurs pompes en se disant vivement qu’on passe à autre chose ».
Une ministre en exercice, sollicitée par Libération, estimait que « si tous ceux qui mélangent pouvoir et sexe devaient rendre des comptes, c’est la moitié de nos responsables politiques qui seraient en difficulté ».
Combien se disent dans ce climat : « Ça je ne pourrais plus le faire ! »
Le politologue Pascal Perrineau reconnaît : « Il y a une différence assez forte entre les pays latins et les pays de culture protestante. Chez nous il y a une certaine forme de légèreté et de complaisance qui peut être coupable. Dans une classe politique extrêmement masculine, ces histoires pouvaient même contribuer à renforcer les attributs de toute-puissance associés aux politiques. Il existe un transfert ambigu, complexe, semi-conscient entre la puissance sexuelle sans limite et le pouvoir politique. L’iconographie du parfait mâle dominant, dans d’autres cultures, ça n’existe pas du tout à ce point. »
Le Parisien est allé enquêter vers l’Assemblée nationale sur les « pesanteurs d’ambiance », et rapporte le dire d’un député UMP lançant à une collègue PS habillée d’un tailleur-pantalon : « habillée comme ça, faut pas s’étonner de se faire violer ! »
Pourquoi tel président d’une importante commission de l’Assemblée peut-il encore de façon notoire pratiquer une inégalité de traitement systématique selon qu’il donne la parole à un homme ou une femme ?
Pourquoi cette élue UMP devrait-elle continuer à s’asseoir avec répugnance à sa place habituelle parce que son voisin lui fait trop régulièrement des remarques d’une totale grossièreté ?
Assez récemment souvenez-vous notre ministre des Sports, Chantal Jouanno, qui tenta dans l’hémicycle la jupe, avant de devoir se changer, sous le flot des remarques salaces.
Et c’est ainsi que, selon Sandrine Mazetier, députée PS de Paris, la parole des femmes n’y est pas prise en compte, une manière « de nier votre travail ou votre rôle ».
Pour Chantal Brunel, rapporteur général de l’Observatoire de la parité : « Cette affaire (DSK) fera plus pour le féminisme que tous les textes de loi ». Un vieux proverbe ne dit-il pas : « de ta bouche aux oreilles de Dieu… »
S’il est vrai qu’en politique les catastrophes sont souvent aussi des occasions, il est toujours plus prudent, pour parvenir à un quelconque résultat, d’en accompagner et d’en encourager fortement le mouvement.
Le sera-t-il suffisamment ?
André Balbo
sources : Canal+, Le Parisien, Libération

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