Encore va-t-il falloir convaincre le piéton de cela ! Si le déplacement à pied moyen fait autour de 600 m à Paris, comparable à celui des autres capitales européennes, celui effectué à Ouagadougou, à New Delhi, ou au Caire se situerait plutôt entre 5 et 10 km. Chez nous la voiture a dé-musclé notre piéton.
Comment diable faudra-t-il s’y prendre pour que, à Paris et en Île de France, il y ait d’une part un plus grand nombre de marcheurs, et que d’autre part, le déplacement moyen augmente de façon appréciable ?
Une autre tendance lourde mondiale est observable aux USA et s’en vient vers nous. Les villes se concentrent. Les constructions en centre ville prennent de la hauteur, et les quartiers pavillonnaires, ébranlés et mités par les subprimes, sont de plus en plus souvent rasés (New Orleans, Los Angeles, environs de Denver). Les services sont mieux assurés mais sur des étendues réduites. Les mêmes raisons stratégiques d’économie et d’écologie devraient prévaloir également chez nous, mais étrangement, nous semblons en prendre l’exact contre-pied.
Yves Clerget est responsable de la pédagogie de la ville, de l’architecture et du design au Centre Pompidou. Architecte DESA, il est aussi vice-président de Promenades urbaines. Cette association est issue d’un travail partenarial engagé depuis plus de 20 ans par le Centre Pompidou, l’Institut Français d’Architecture, et l’Union Régionale des CAUE d’Île-de-France. Cette dynamique de réflexion et de projets a pu ainsi favoriser d’importantes actions dont par exemple la programmation de promenades urbaines hebdomadaires à Paris et en Île de France.
L’association Promenades urbaines a connu l’époque où la voiture repoussait le promeneur, quand les berges mêmes de la Seine lui étaient volées. Paradoxalement, c’est au même moment qu’arrive l’obligation de répondre à une revendication de beau paysage urbain, de donner à voir de belles rues, un patrimoine, et que le public désire voir de l’architecture en situation.
C’est l’époque à laquelle des promenades urbaines de 30 personnes sont organisées, pour une lecture oblique de la ville (les situationnistes ne sont jamais très loin) ou par un regard particulier. Ainsi des promenades furent successivement encadrées par Paul Chemetov (Bercy), Pascal Cribier (Tuileries), Gilles Clément (parc Citroën), Christine Bastin (chorégraphe) et le plasticien Alain Nahun.
Promenades urbaines a aussi travaillé avec des associations de quartier comme
Saint Blaise dans le XIXe arrondissement, créant des passerelles de quartier à quartier en instiguant des jumelages avec d’autres classes.
Olivier Darané, qui est l’inventeur du miel-béton.
L’atelier autogéré d’architecture, qui prendra en charge une concertation sur le quartier Saint Blaise et… la production de légumes exotiques.
Pour Yves Clerget, il reste à convaincre le piéton, pour qu’il marche davantage. Il faut le mettre en situation d’appétence. L’espace public doit être séduisant, lui offrir de beaux paysages, lui peaufiner des lieux et des surprises, des terrasses de cafés sympas et toutes sortes de choses à l’opposé de ce que montrent nos entrées de villes, cloutées de panneaux 4 X 3 et de fils électriques. Il lui faut de belles pénétrantes, la coulée verte a de l’allure…
Il faut aussi, dit Yves Clerget, permettre au piéton l’accès à quelque chose. Et lui accorder aussi la liberté de choisir : marcher ou pas, que ce soit libre et consenti, je veux pouvoir m’asseoir. Reste à penser l’arrêt.
Marcher c’est aussi le système de la rue : regarder, manger, boire, pisser, s’assoire, une glace, des marrons, un journal à peu près quand on veut.
Il vaudrait mieux que la société Decaux ait bien intégré ces attentes basiques de la population et des services publics, elle qui est en voie de renouveler l’ensemble de ses mobiliers et signalétiques. Et il faut conserver précieusement les fontaines Wallace. Toutes. Remettre éventuellement celles, s’il y en a eu, qui furent enlevées…
Attention ! On peut trouver dans un premier temps plus simple d’accorder à tout le monde quelque chose dans l’aménagement. Mais la segmentation et le saupoudrage, comme l’enfer, sont pavés de bonnes intentions. On ne peut même plus manifester par exemple boulevard Magenta ! Pistes cyclables à double sens sur les trottoirs, voies inter changeantes de bus et de voitures, bandes de trottoirs, etc.
Repenser les espaces publics sans segmenter. Faire des espaces protégés et non excluants, le moins figés possible. Laisser le bord du trottoir au piéton pour qu’il profite de la vue en perspective du boulevard, et le bord des immeubles aux handicapés et aux boutiques. Et quand on dit que le SDF ne doit pas soutenir le mur… qu’on lui foute la paix !
Une ville musée ? Des matériaux trop riches ? Ce n’est plus nécessaire. Pensons plutôt à l’accessibilité des autres transports pour le piéton, à l’inter modalité. C’est là qu’est son avenir car nous n’en ferons jamais un marathonien olympique.
Voir le blog des Promenades urbaines : www.promenades-urbaines.com
Cette série d’articles sur la marche à pied (moyen de déplacement commode et idéal, exercice hautement bénéfique, sur ses aspects pratiques, ludiques, philosophiques, sur le matériel, les rencontres, les plus belles promenades, les performances, les événements) accueille vos suggestions. Elles seront étudiées à la loupe et susceptibles d’enrichir cette rubrique. A bientôt, andre.balbo@wanadoo.fr
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