Territoire

Eco filières : un pari sur l’avenir. Transformer des contraintes en opportunités.

Comment convertir contraintes en opportunités ? Voici un début d’histoire. A suivre.

Imaginez-vous un territoire rural présentement riche d’une agriculture qui ne représente néanmoins plus qu’un faible pourcentage de son produit brut gardant inconsciemment le souvenir d’une époque où l’industrie lui fut favorable, en marge d’une des grandes métropoles européennes. la Région Ile de France qui est surtout concernée par son centre et s’est longtemps désintéressée de sa périphérie, même si elle commence à proposer des programmes d’aide pour ses franges. Pourtant, ce territoire peut-il se contenter d’être le déversoir des rejets de son centre, rejets en terme populations qui cherchent des espaces moins concentrés ou moins coûteux à vivre, illusion d’ailleurs pour beaucoup, rejet en termes de boues ou d’activités polluantes ? Peut-il aussi se contenter d’un faible niveau d’activité de services et d’accès à la culture ?

Parmi d’autres, ailleurs, à l‘écoute de son territoire, préoccupée par l’avenir de celui-ci et de ses habitants, une élue, maire d’un gros bourg d’une dizaine de milliers d’habitants et vice-présidente d’une communauté de communes d’un peu plus du double de population, lança une étude diagnostic sur l’opportunité de développer une filière d’éco-bâtiment.

Voici quelques réflexions tirées d’une année de travail de terrain sur le projet Ecovallée de la Marne. On vit une époque formidable qui provoque enfin la prise de conscience que la richesse d’un territoire est dans sa population. Le développement durable est pour beaucoup une question de mentalité. Le développement durable est aussi une opportunité de renaissance du local. Le local ne peut se penser que dans une perspective globale. Le développement c’est le quotidien. Ou comment ne pas craindre les idées somme toute banales mais dont la transformation en action demande courage et persévérance.

L’époque est formidable !

Elle permet des ouvertures si l’échange se fait. Encore faut-il s’en donner les moyens. Ces moyens sont plus d’intelligence que financiers. Même si ces derniers aident. Pourquoi ne pas puiser dans les richesses dormantes des territoires ? Ses femmes et ses hommes. Un diagnostic traditionnel du territoire le disqualifie de tout avenir. Il n’a rien qui ne soit d’intérêt particulier. Les partenaires institutionnels ne prennent même pas la peine de s’y intéresser…. A rayer. Au suivant. Et pourtant, gisent des trésors endormis. Il suffit presque d’un souffle pour les découvrir. Un an de curiosité, de farfouillements, de contacts, d’écoutes, de mise en relation ne dresse pas un avenir certain, mais met en valeur des richesses dont la mise en concert permet de … concevoir une filière de l’éco-bâtiment. Impensable il y a quelques mois. Et encore, les fouilles ne sont qu’à leur commencement.

Une Chambre d’agriculture réellement intéressée et surtout des agriculteurs qui se sont pris au jeu de l’entreprise et étudient les possibilités de transformer leur matière première en produits finis or alimentaire, qui veulent sortir de leur position de producteur de biens premiers pour investir dans les activités plus rentables à terme. Une Fédération de Bâtiment qui, prudente, envoya d’abord en éclaireur le directeur d’un gros CFA du bâtiment puis un membre de son CA. Des maires, conscients de la nécessité de repenser l’aménagement de leurs villages, face à la pression démographique et immobilière, qui attendent du conseil éclairé et, surtout, une émulation locale. Mais aussi de nombreuses entreprises qui cherchent à développer leurs activités en proposant des produits nouveaux et plus durables, des habitants à la recherche de ces produits et qui ne savent où les trouver à un prix qui ne soit pas excessif, des enfants qui soupçonnent les dysfonctionnements forts de notre développement, un CAUE réputé pour son dynamisme, un Conseil général qui doit transformer son programme Agenda 21 en actions, un Conseil régional dont certains élus repensent l’aménagement de son territoire en intégrant une démarche d’éco-urbanisme, etc. Finalement, il ne s’agit que d’établir des ponts. Et les rendre productifs.

Ainsi à notre rencontre, le plan régional de développement d’éco-quartiers, préliminairement à vocation urbaine dense va probablement s’ouvrir, grâce à l’intelligence de l’élue en charge du dossier, à nos ruralités. En effet, l’aménagement ne peut être pensé en termes d’urbanité ou de ruralité mais en terme de territoire dans son ensemble.

La leçon est claire. La richesse est dans le réseau, c’est-à-dire non pas dans les infrastructures, dans les nœuds mais dans les flux ou plus précisément dans la capacité d’un territoire de recenser ses richesses dormantes et de les transformer en échange, en connaissance, en matière première de la société de la connaissance. C’est l’échange qui enrichit.

Voici les prémisses de l’histoire future du pays Fertois aux marches de l’Ile-de-France qui peut prendre son destin en main si confiance est donnée aux habitants et non aux consultants extérieurs de cabinets globaux.

Nos terroirs sont le cœur du monde, mais sans le monde ils ne sont rien.

Le développement durable est à la fois global et local. Il est probablement la meilleure illustration de l’imbrication de ces deux dimensions qui ne font qu’un monde. Dès le départ de l’initiative on nous a posé comme concurrents des autres initiatives départementales (dans le département, pas du Département, dont le rôle est plus d’accompagner que de faire). Nous ferions concurrence aux autres. Terrible cette illégitimation, cette tâche, ce pécher originel.

Difficile de faire comprendre que le développement durable est par nature local car le local a peur des autres « locals » ; peur qu’on lui prenne son idée, alors que ce n’est pas l’idée qui a de la valeur mais la capacité à la mettre en œuvre. Or l’ailleurs peut aider à accélérer le processus par la mise en commun des expériences. L’ailleurs révèle le local.

Difficile de faire comprendre que le développement durable est par nature global. Il faut avoir le courage de se sentir assez fort, surtout lorsque l’on part, à priori, sans bagage, pour aller rencontrer l’autre et analyser les conditions d’une saine coopétition où la règle du jeu peut être clairement définie et où le jeu est probablement à sommes positives, à gain réciproque. Il faut lutter contre les forces conscientes et inconscientes, externes et internes qui poussent à craindre et rejeter l’autre territoire.

Que c’est difficile de se concevoir flux alors que notre monde matérialiste ne voit que le produit.

Les indigènes face à l’endogène

Et nous voilà apeuré par notre statut d’indigène alors qu’il est notre richesse. Elle se situe là, en terme culturel mais aussi économique. Mais non un là isolé, un là connecté au monde. C’est ce qui différencie notre époque de l’autarcie d’Enver Hodja. Le développement durable à mi-chemin entre l’autarcie et les délocalisations mues par la finance ? Quoiqu’il en soit, le rural va souffrir du renchérissement du pétrole beaucoup plus que l’urbain à moins qu’il sache se concevoir comme centre, non pas du monde, bien que…, mais centre de son territoire, centre de production et non seulement centre commercial ! C’est ce qu’ont compris les agriculteurs qui cherchent à devenir producteurs de biens dont le coût de transport va aller croissant dans la valeur de vente, tels l’énergie ou les matériaux.

Le plan régional des éco-quartiers flirte aussi avec cette idée de diminution des transports et donc de leur coût social. Les éco-villes du Rapport Attali, tout comme les villes nouvelles des années 70 sont fondées aussi sur cette philosophie. Mais ceci est aussi vrai pour les biens immatériels, tels les services territoriaux, non pas en raison des coûts de transport mais de leur qualité de proximité. Tous les services de post-construction, entretien des immeubles, aménagement du quartier, services à la personne, maintenance de la qualité environnementale des immeubles, etc. Là encore on peut saisir combien local et global sont intimement liés. Et le local s’enrichit du global. Les territoires les plus avancés en écobâtiment pourront vendre, exporter leurs compétences au-delà de leur frontière, que l’ailleurs soit à 100 ou 10.000 km, en fonction de l’expertise et de la transportabilité des biens. Une e-formation hyper pointue peut faire dix fois le tour de la terre sans coûter plus. Une paroi en chanvre sera vite peu exportable au-delà de 100 km contrairement au brevet qui est à son origine.

Du baratin ?

On nous abreuve à plus soif de « réseaux sociaux » mus par le génie du web 2.0. Les réseaux sociaux ont toujours existé, sous multiples formes des veillées au coin du feu, aux rave-parties en passant par le minitel rose, les francs-maçons, les Corps qui dirigent encore la France, la mafia, les clubs locaux, les syndicats, etc. Le territoire local est un corps social par lui-même qui s’ignore Il s’agit de se réveiller comme corps social, de fluidifier les connaissances enfouies, d’échanger pour trouver les intérêts communs, de réseauter pour saisir ou inventer les opportunités.

La tâche paraît insurmontable du haut de sa table de travail. Elle est relativement simple quand vous montrez à tout un chacun quel est l’intérêt qu’il en tire, quand on dépasse ses craintes premières de débordement, de copiage, quand le projet est vraiment commun. Recette ? Non. Méthode, oui. Sur quelques principes simples. Se concentrer sur le local, mais comme partie prenante du global. Définir le territoire dans des dimensions qui ont un sens, taille géographie, importance de l’histoire, axes de communication, zone de chalandise, sentiment d’appartenance, connivence des porteurs, au-delà des appartenances partisanes, etc. Accepter que les frontières du territoire soient variables en fonction des activités et des opportunités. Faire confiance au territoire et ses habitants. Faire confiance, essentiel. Sauter sur les opportunités si elles ne fragilisent pas le projet territorial. Penser flux. Bien sûr cela a un prix. Mais pensons aussi rendement. Prendre son bâton de pèlerin et visiter, écouter, puis relier.

Du rôle de l’élu

Comme beaucoup de fonctions sociales, le rôle des élus évolue. La mission première demeure, de représentation du peuple pour la construction de la Cité. Les méthodes changent, plus fondées qu’avant sur le dialogue. En effet, face à la complexité du changement et à sa radicalité, la méthode qui semble la plus efficace consiste à la prise en compte de l’ensemble des parties prenantes et à une construction commune. C’est d’ailleurs la méthode proposée par les deux cabinets pour mener cette étude action, ce diagnostic construction.

Dans les nouveaux rapports sociaux et politiques qui émergent où la demande sociale et politique de participation est plus forte, les élus vont demeurer des guides, mais dans un sens plus prononcé d’accompagnateurs, d’accoucheurs de projets en imprimant la volonté de l’intérêt général. Cette volonté passe aujourd’hui par le développement durable. Et l’intérêt général ne s’imposera que par le dialogue des parties prenantes.

Passeurs de frontières

Bernard Corbineau, consultant en médiation territoriale et universitaire

Didier Galet, consultant en médiation territoriale et en dialogue social

Philippe Lamarque, architecte et urbaniste spécialisé en eco-bâtiment …

Contact

Didier Galet - Infoggara (06 76 53 92 36)

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lundi 22 février 2010