Vous devez connaître le Macadam Journal. Journal de rue, rédigé par des professionnels et vendu 4F aux sans-abris, qui le revendent 10 F. Il existe depuis 1993 et au début le tirage s’élevait à 500 000 exemplaires. Aujourd’hui, il est de 70 000 pour 300 vendeurs dans la France entière dont 35 sur Paris.
Ce travail est une solution à leur impasse car il leur permet d’être couvert socialement et de gagner le Smic s’ils sont sur le terrain six ou sept heures par jour. Chaque vendeur établit ses horaires, son rythme, sa technique de vente et gère son argent : un vrai travail, un marchepied pour la réinsertion sociale.
Les vendeurs parisiens viennent chercher des journaux au dépôt rue Amelot, pour une semaine de travail. Emmanuel Delaunoy, qui a connu la grande précarité, assure la gestion du dépôt : le stock, l’accueil, la distribution, la saisie de la comptabilité, et les soucis informatiques.
Le premier jour du mois, il décharge 13 000 journaux dans son local. Alors il bloque la rue Amelot. Du coup, il est impossible de doubler, autrement dit, ça râle, ça klaxonne, ça s’agite. Puis il les départage, en empaquette quelques milliers pour les vendeurs du Sud-Ouest. Il gère son espace au millimètre, avec méthode et acrobatie. Le bureau est tout petit.
Il reçoit les vendeurs pour qui il est un grand soutien, il les accompagne dans la gestion de leur temps et de leur argent : il conseille et encadre, sait écouter, respecter les silences, et prendre de la distance pour supporter toutes ces difficultés. Il travaille là depuis 5 ans.
Progressivement, il s’est fait une place dans l’équipe éditoriale qui lui confie la rubrique des jeux vidéos. Il les collectionne, les teste, épluche le graphisme, les stratégies. Et élabore des critiques très pointues dans le journal. Il a ses fans. Il se concentre sur cette grande passion aux heures creuses, quand il n’est pas dérangé par les commerçants du coin qui viennent systématiquement faire de la monnaie chez lui.

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