Le 13 janvier, le conseil économique et social régional (CESR) d’Ile-de-France rendra public son rapport sur les « territoires interrégionaux et ruraux », en le remettant aux élus régionaux. Selon son rapporteur Marc Rémond, « Les pouvoirs publics, en se concentrant sur la zone agglomérée et ses extensions possibles, conduisent certains élus et acteurs économiques […] et les populations à partager le sentiment d’être délaissés », et la situation ainsi créée « augmente les déséquilibres sociaux et territoriaux déjà constatés en Ile-de-France et en crée de nouveaux », ce qui induit le « sentiment d’injustice des populations ».
Ainsi les habitants de l’Ile-de-France périphérique, bien souvent rurale, se sentent-ils exclus de ce projet présidentiel, de ce « projet civilisationnel de ville-monde » (Maurice Leroy).
Pierre Moulié, qui préside la commission de l’aménagement du territoire du CESR, souligne l’ « inquiétude de nombreux élus et acteurs économiques sur le manque d’intérêt que semblent leur porter l’Etat et la Région ». Dans le Val-d’Oise, par exemple, le « non-passage » de la double boucle de métro – le premier projet du Grand Paris – est très mal perçu.
Les oubliés du Grand Paris représenteraient 1,2 million d’habitants, soit 10% de la population francilienne et 10% des emplois. Composés à 91% d’espaces ruraux agricoles et forestiers, ces territoires couvrent 75% de la superficie de la région, et englobent 725 des 1 281 communes franciliennes. Il peut s’agir de villes importantes comme Meaux (77), Mantes-la-Jolie (78) et Melun (77), ou de petites villes comme en Seine-et-Marne (Coulommiers, Provins, Montereau-Fault-Yonne, Fontainebleau, Nemours), dans les Yvelines (Rambouillet) et dans l’Essonne (Etampes, Dourdan).
Certaines de ces communes ont élu à leur tête des « pointures politiques » comme Jean-François Copé (Meaux), Christian Jacob (Provins) ou le président du Sénat Gérard Larcher (Rambouillet).
Ces territoires souffrent le plus souvent d’un déficit de transports collectifs, de services (enseignement, santé, petite enfance…) et de logements sociaux. L’immobilier y a connu une forte hausse. La désindustrialisation y a fait des ravages, et la filière agroalimentaire a tendance à se délocaliser dans les départements limitrophes.
Yves Jégo, maire (UMP) de Montereau dénonce le « nombrilisme insupportable » de Paris et de sa proche banlieue, tout comme l’ « extraordinaire déshérence » de la grande couronne.
« Le Sud de la Seine-et-Marne n’a pas une salle de spectacles de plus de 1 000 places, pas un CHU, pas une université propre… Peut-on imaginer en France une région d’un million d’habitants à ce point maltraitée ? Nos habitants, souvent les plus modestes, sont assez Franciliens pour payer des impôts, pas assez pour bénéficier des projets de transport du Grand Paris. Ils voyagent dans les trains en aluminium les plus pourris, les « petits gris » dignes du Moyen Âge, aux tarifs les plus élevés. »
Frédéric Valletoux, maire UMP de Fontainebleau, espère bien « tirer son épingle du jeu », tout en voulant « casser la spirale de la cité-dortoir ». Olivier Legois, maire centriste de Dourdan, redoute que les zones excentrées de l’Ile-de-France ne servent de dépotoir au Grand Paris : « Nos territoires n’ont pas vocation à supporter les nuisances de l’agglomération, les décharges, les couloirs aériens, les réserves d’hydrocarbure… » Quant aux transports, « on aimerait bénéficier, ne serait-ce qu’un petit peu, des milliards alloués au Grand Paris », soupire Franck Marlin, député-maire radical d’Etampes.
Le rapport du CESR préconise de « conforter les activités agricoles et industrielles » dans ces territoires, et de développer les services, la filière bois et le tourisme. Il suggère davantage de coopérations avec les autres régions du Bassin parisien, et la définition d’une nouvelle gouvernance.
« On met plus de temps pour venir à Paris en voiture et parfois en transports en commun qu’il y a vingt ans ! », souligne Pierre Moulié. Les Franciliens excentrés ne veulent plus être des habitants de nulle part.
André Balbo
sources : CESR d’Ile-de-France, Le JDD

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