Selon les associations de terrain, Paris compterait entre 500 et 1 500 usagers de drogue potentiellement concernés par l’instauration de salles de shoot, celles-ci s’adressant aux toxicomanes les plus précarisés et en dehors de tout dispositif de soins, c’est-à-dire une minorité.
Des salles de consommation existent en Allemagne, aux Pays-Bas, au Luxembourg, en Espagne, en Norvège, en Suisse, au Canada, en Australie, et dans d’autres pays encore.
Françoise Barré-Sinoussi, Nobel 2008 de médecine pour avoir identifier le virus du sida en 1983 (avec le Pr Luc Montagnier), avait rencontré François Fillon le 19 août à ce sujet, avec Jean-Pierre Couteron, président d’Anitea, et Pierre Chappard, coordonnateur du « Collectif du 19 mai » (ASUD, Act Up, Anitea, SOS Hépatites, Safe, Gaïa et le collectif « salledeconsommation.fr », et par ailleurs coprésident d’Act-Up.
Pour Matignon, les salles de shoot n’étaient « ni utiles ni souhaitables en France ». François Fillon avait alors même dit que : « la priorité du gouvernement était de réduire la consommation des drogues en France, non de l’accompagner, voire de l’organiser » ! Une opposition de principe qui fit dire au Prix Nobel : « J’ai l’impression que les données scientifiques publiées dans les pays où existent des salles de consommation ne comptent pas, (…) on nous a beaucoup parlé de convictions alors que moi, je parle de données scientifiques ».
La polémique s’est rallumée ce 24 septembre, avec la remise des recommandations des élus locaux confrontés dans leur ville à la toxicomanie (comme Paris, Marseille ou Le Havre), qu’ils soient de gauche comme de droite, et qui ont participé depuis plusieurs mois à un groupe de réflexion sur la question. Ce travail a été donc mené par l’association Elus, santé publique et territoires (ESPT).
Les recommandations sont sans équivoques. Les élus se disent favorables à une expérimentation des salles de shoot en France. L’idée étant de chercher à réduire les risques d’overdoses et de contamination (VIH et hépatite C, notamment), ces salles constitueraient selon eux « un outil d’amélioration de l’état sanitaire et social des usagers de drogue les plus désocialisés et les plus précaires ».
Dans cette démarche, ces élus demandent maintenant à l’Etat un cadre juridique afin que des collectivités puissent tenter l’expérience. Ils préconisent également la mise en place d’une cartographie des lieux de consommation de drogue sur la voie publique afin de déterminer les emplacements les plus judicieux pour de tels centres.
De plus, ESPT propose la définition de protocoles de prise en charge des toxicomanes, validés par une expertise médicale et éthique, ainsi que la création de comités de pilotage réunissant élus, Etat, acteurs sociaux et sanitaires, policiers et riverains.
Avant de parvenir à de telles conclusions, ces élus locaux ont auditionné de nombreux experts et visité, à Bilbao et à Genève, deux salles de consommation de drogue.
Il se trouve le camp opposé a préparé sa riposte. La veille au soir de la remise des recommandations par l’association ESPT, dont la date avait été prévue de longue date, une « charte des élus contre la drogue » a été rendue publique. Elle est signée par 77 députés et sénateurs UMP, parmi lesquels Jean-François Copé, Xavier Bertrand et Philippe Goujon. On peut y lire : « Les débats sur la dépénalisation et la mise en place de centres d’injection nuisent à la lisibilité du message de prévention. (…) La drogue n’est pas une fatalité, l’ambition première doit rester de lutter contre et non de s’en accommoder ».
Le débat est bien ouvert. Une mission parlementaire est en cours de constitution. Roselyne Bachelot, ministre de la santé, a déclaré son intérêt pour une expérimentation. Et Bertrand Delanoë, maire de Paris, s’est dit : " favorable à l’ouverture d’au moins un centre de consommation à moindre risque sur le territoire parisien, s’entendant comme expérimentation validée par l’État et construite en collaboration étroite avec le préfet de police".
Avez-vous déjà une position sur cette question ?
Un sondage, réalisé par l’Ifop pour La Lettre de l’opinion demandait : « Il existe dans certaines villes européennes des lieux, financés par les municipalités, où les toxicomanes peuvent venir librement avec leur drogue pour la consommer sous contrôle médical et sanitaire. Personnellement, seriez-vous très favorable, plutôt favorable, plutôt opposé ou très opposé à l’ouverture de tels lieux en France ? »
Les réponses ont été pour :
11% « très favorables » ;
42% « plutôt favorables » ;
23% « plutôt opposés » ;
24% « très opposés ».
Soit un total de 53% de Français favorables, et de 47% défavorables.
André Balbo
Sources : Le Monde, La Lettre de l’opinion, l’Ifop

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