Superbe expo gratuite « Doisneau, Les Halles » à l’Hôtel de Ville

par André Balbo, 24 août 2012

Du 8 février au 28 avril 2012 (tous les jours sauf les dimanches et fêtes), au Salon d’accueil rue de Rivoli, la Mairie de Paris présente l’exposition « Doisneau, Paris Les Halles », à l’occasion de la sortie du livre-catalogue éponyme de Vladimir Vasak, édité par Flammarion (broché, photographies N&B et couleurs, 160p, 30€).

Robert Doisneau (1912-1994) fait partie, avec Willy Ronis et Édouard Boubat, des photographes français les plus connus du public, et les plus célèbres à l’étranger, grâce à certaines de ses photos comme « le Baiser de l’Hôtel de Ville » (1950, vendue à un Suisse anonyme en 2005, à l’occasion d’enchères qui furent passionnées, au prix de 155 000€), ou à ses prises de vue des rues du Paris de l’après-guerre.

Graphiste de formation (École Estienne), graveur, lithographe, il deviendra photographe publicitaire, puis industriel, avant d’intégrer en indépendant en 1946 l’agence Rapho.

Les oiseaux 1973 © Atelier Robert Doisneau

On l’a décrit comme un « passant patient », grand guetteur de l’anecdote, et son œil, non dépourvu d’humour, peut frôler, selon les images, nostalgie, ironie ou tendresse. La vie à Paris, son actualité, et le Paris populaire feront l’objet de sa part d’un grand nombre de reportages, lui qui couvrit également des sujets bien plus « exotiques » comme ceux traitant de l’URSS, des États-Unis et de nombreux autres pays dont la Yougoslavie.

Ses photos paraîtront dans des magazines comme Life, Paris Match, Réalités, et Point de Vue par exemple.

Sa carrière de photographe sera récompensée de nombreuses distinctions dont les prix Kodak en 1947, Niepce en 1956, le Grand Prix national de la Photographie en 1983 et le prix Balzac en 1986. Ses travaux firent l’objet de grandes expositions (dont Chicago et Oxford), et de nombreuses publications.

Cela étant posé, avec le thème de cette exposition, Robert Doisneau est au cœur même de son sujet de prédilection. En effet, la première photo qu’il prît des Halles date de 1933. Est-ce ce cliché "Des Filles au diable", sur lequel deux jeunes femmes se laissent transporter sur un charreton par un fort des halles ? Doisneau restera fidèle à ce quartier durant 40 ans, revenant sans cesse le visiter, le flairer, prendre son pouls, suivre ses mutations et chacune de ses nouveautés.

Triporteur aux Halles © Atelier Robert Doisneau

Quand, dans les années 1960, les Halles seront menacées, l’inquiétude et la colère de Robert Doisneau le pousseront à tout voir, et à tout photographier. C’est alors que son regard, esthétique et sociologique, deviendra proprement patrimonial.

En effet, comment ne voir que froidement, en entomologiste et sans nostalgie, ce monde et ses métiers pleins de gouailles et de rires, ce ventre de Paris encore palpitant, qui affichait si fièrement ces hautes façades d’oies fines du Cher plumées, ces amas de gibiers empilés à même le trottoir, et ces forts des Halles aux larges chapeaux semblables à des sombreros, sortant, encore tout intimidés, de la messe de Saint-Eustache ?

Ce peuple, qui est pourtant le nôtre, ce sont nos parents ou nos proches, nous paraît, après quelques décennies, un peu comme nos Peaux-rouges. D’ailleurs, souvenez-vous. Ce fut au fond du trou des Halles que fut tourné "Touche pas à la femme blanche" (1974), de Marco Ferreri, avec une cruelle reconstitution, charge de cavalerie, sabres au clair, fiers Indiens, mustangs écumants et tout le toutim, de la grande bataille de Little Big Horn, unique et mémorable victoire indienne, et gigantesque défaite du 7e de cavalerie et du général Custer, interprété et ridiculisé par Marcello Mastroianni. Dans ce même film, une flèche indienne dans la cou rendait muette Catherine Deneuve !

Képis et pèlerines ? Disparus. Les braseros, l’otarie de la poissonnerie Lacroix et les grandes murailles de cagettes ? Envolés. Bals musettes, maraîchères, prostituées, têtes de veau, cornettes et marins ? Dispersés et rendus discrets. Mais les clochards et les glaneurs étaient déjà là, apparemment moins nombreux, pour les fins de marchés, fouillant les montagnes de détritus, comme ceux d’aujourd’hui, en rangs serrés, s’agglutinent au soir sur les poubelles des supérettes.

Cette exposition Doisneau présente au public 150 à 200 tirages, pour la plupart vintages, éloges de la vie grouillante du « ventre de Paris », du génie de Baltard, et du vertige qui saisit les Parisiens devant l’énorme béance que constitua le trou des Halles. Tant de clichés montrent leur hébétement devant la disparition brutale d’un monde qui leur sera un peu volé par les promoteurs de l’épopée bétonnière pompidolienne !

Et quelle ruée en septembre 1979, à l’inauguration de ce forum des Halles, disparu aujourd’hui à son tour. Tournez, manèges...

Une salle sera spécialement consacrée aux photographies en couleur des années 1960, permettant ainsi un regard nouveau, aussi bien sur le quartier des Halles que sur l’œuvre de Robert Doisneau, dont la couleur était loin d’être la marque de fabrique.

Avec le témoignage de ce grand photographe du XXe siècle sur l’un des quartiers les plus emblématiques de Paris, la Ville poursuit l’exploration de son histoire et celle de ses habitants.

Commissaires de l’exposition : Annette Doisneau et Francine Deroudille.

Une rétrospective Robert Doisneau, se tiendra du 24 mars au 16 mai 2012 au Tokyo Metropolitan Museum of Photography (Japon).

Salon d’accueil de la Mairie de Paris, 29, rue de Rivoli 75004 Paris, 01 42 76 50 49. Du 8 février au 28 avril 2012.

Vous retrouverez dans l’article « 2012 à Paris : les grandes expositions de A à Z » les différentes expositions 2012 déjà annoncées par leurs établissements et musées, et dans l’article « Calendrier 2012 des grandes expositions à Paris », ces mêmes expositions classées par dates.

David méditant devant la tête de Goliath, d’Orazio Gentileschi, huile sur lapis-lazuli, exposition Artemisia

Nous nous efforçons de tenir ces articles à jour, et vous remercions des suggestions et corrections que vous pourriez apporter à ces programmes.

Nous tentons même de vous indiquer chaque semaine les nouveautés, les expositions qui fermeront bientôt leurs portes, et... nos préférences, car on ne se refait pas : "Que faire à Paris dans la semaine du..."

C’est fini ? Contre l’actualité artistique qui chasse ce que l’on se croyait capable de retenir, les catalogues d’expositions peuvent avoir, quand ils sont faits avec exigence, un rôle certain à jouer. Nous établissons la sélection, pour Paris, des MEILLEURS CATALOGUES des expositions 2012. Celui de cette exposition en fait partie.

André Balbo

sources : visite, Paris.fr, Wikipédia, Atelier Robert Doisneau

Voir aussi : Marchés ...


Voir aussi : Architecture ...


Voir aussi : Séniors ...


Voir aussi : commerces de bouche ...


Voir aussi : ethnologie ...


Voir aussi : poil à gratter ...


Voir aussi : nostalgie ...


Dernière modification : mardi 24 août 2012, par André Balbo, photographe © Atelier Robert Doisneau

Publiez votre avis, commentaire ou question


  • Important : N'oubliez pas de modifier le titre par défaut, c'est votre titre qui sera mis en avant sur le site ...
Qui êtes-vous ?