On savait que Marie-Odile Amaury désirait vendre le quotidien populaire fondé en 1944 par son beau-père Emilien Amaury (journal d’excellente qualité et seul généraliste français rentable selon mon kiosquier !). Le bruit a couru un certain temps que le prix qu’elle en voulait était de 200M€.
Des prétendants rôdaient, classables soit en fonction des montants qu’ils étaient supposés capables d’y mettre, soit selon les précautions qu’ils seraient à même de prendre vis-à-vis de rédactions échaudées devenues sourcilleuses.
Nous fûmes un certain temps dans le domaine des pures hypothèses et du virtuel. Les chiffres et les déclarations volaient, et il y avait du beau linge : Fondations Capital, Vincent Bolloré, Serge Dassault et quelques autres.
Les plus actifs n’étaient pas forcément ceux qui parlaient le plus du sujet, ni les plus argentés ceux que les rédactions espéraient, et les propositions financièrement prudentes menaient une approche précautionneuse des journalistes du groupe.
Nous entrons dorénavant en deux temps dans le concret.
Première phase, les prétendants font connaître des montants plus raisonnables qui laissent entendre que le dossier a été davantage étudié. Concernant Serge Dassault par exemple, les montants envisagés ne sont plus de l’ordre de 170M€, mais ajustés pour certains entre 100 et 150M€, pour d’autres plus modestement à 80 (selon le site ElectronLibre). Et Rudy Roussillon, qui conseille Serge Dassault pour la presse, ajoute même : « Nous n’avons pas une vue assez complète et détaillée pour faire une offre ».
Plusieurs signes laisseraient même penser au journal Le Monde que le groupe Dassault ne serait plus autant intéressé par le quotidien d’Ile-de-France, quoiqu’un proche du dossier reconnaîtrait qu’il y a "un prix économique et un prix politique" pour le rachat du Parisien.
Autre prétendant important et souvent cité, le couple formé par Fondations Capital et le groupe Roussel qui disait réfléchir lui à des montants de l’ordre de 80 à 100M€, arguant qu’ « il faut conserver des moyens financiers pour investir dans le développement de l’entreprise ». Selon la source de l’hypothèse d’une proposition Dassault à 80, il proposerait le même montant pour seulement 80% des parts.
Ils auraient en revanche fait savoir que leur projet serait de faire du journal un groupe d’information plurimédia incluant des éditions sur Internet et sur les autres supports numériques.
Tirant la leçon de l’expérience du rachat du Monde, Fondations Capital et le groupe Roussel insistent sur leur intention de « travailler avec l’équipe dirigeante actuelle et de donner à ce titre de qualité une assise capitalistique stable et solide, qui garantisse son indépendance, sans nous inscrire dans une démarche partisane ».
Springer aurait jeté l’éponge. Bolloré ferait apparemment le mort. Et la société des journalistes du groupe peaufinerait fiévreusement une plateforme de conditions et principes à l’attention du futur acquéreur.
Deuxième phase, il fallait sonner la fin de la récré, chacun étant devenu trop libre de dire n’importe quoi, et qui plus est, de l’argumenter sur la place publique. Marie-Odile Amaury ne vendra pas à moins de 150M€. « Toutes les discussions portant sur un niveau inférieur ont été arrêtées », indique une source proche du groupe.
Trois candidats resteraient donc seulement en lice, dit-on, à ce jour : Dassault, déjà propriétaire du Figaro, Fondations Capital, associé à Rossel (La Voix du Nord, Le Soir), et le mystérieux petit troisième, qui apprécie beaucoup apparemment la discrétion…
Le processus de vente, qui devait initialement être conclu vers la Toussaint, viserait maintenant plutôt la fin de l’année, s’il était "pour de vrai" poussé à son terme...
Il commence à se dire que Marie-Odile Amaury aurait peut-être simplement voulu tester le marché en confiant un mandat de vente à la banque Rothschild, et qu’elle ne serait absolument pas obligée de vendre.
Et Le Monde, tiré momentanément d’affaires pour sa part, et assez vachard vis-à-vis de son confrère de conclure que, si rien ne presse, dans cinq ans, Le Parisien vaudra sans doute bien moins cher qu’aujourd’hui, sachant qu’il y a "un prix économique, et un prix politique"...
André Balbo
Sources : JDD, Le Monde, ElectronLibre, Les Échos

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