Vingt-ans après les événements de la guerre d’Algérie, dans un village français, une mère s’apprête à célébrer à la Toussaint, la mort du père de ses enfants, qui s’est suicidé pour des raisons étranges quelque temps avant l’arrivée de la famille sur le sol français.
Son fils et sa fille, jumeaux, sont là pour cette cérémonie. Manque à l’appel Djalil, le petit frère, le rebelle de la famille, celui qui ne ressemble pas aux autres…
Djalil débarque soudainement en tenue de soldat, il rapporte le journal personnel du père.
Une pièce qui aborde la guerre d’Algérie sous un nouvel angle. Cette histoire évoque la France des années 1980 aux multiples contextes ; la montée du racisme, la reconnaissance tardive de la Nation à l’égard des harkis, mais aussi un passé où OAS, pied-noir et harki doivent encore délivrer leur message. L’histoire de cette famille se recompose alors, à la fin de la lecture du journal secret, rapporté d’Algérie par Djalil. Les liens du sang disparaissent pour laisser place aux liens du cœur avant que n’éclate la vérité.
C’est ainsi que la pièce utilise des flash-back réguliers pour évoquer dans une alternance entre le passé et le présent, des faits douloureux et des blessures toujours pas cicatrisées. Une famille en quête d’identité pour apaiser ses maux et ses souvenirs si durs à digérer.
Après un démarrage de la pièce où l’on reste un peu dubitatif, le texte et les dialogues de l’auteur interprétés avec émotion, nous emmènent dans une atmosphère captivante, où l’on règle ses comptes dans une ambiance familiale paradoxale, teintée de conflits et de recherche d’amour. Des personnages au fond positifs qui laissent transparaître l’espoir et l’humanité. Un Manuel Blanc précis, une Déborah Grall remarquable très touchante et pleine de spontanéité et de fraîcheur, Gabrielle Lazure ne semble-t-elle pas dans un rôle si loin d’elle ? Elle, si aérienne, gracieuse et élégante qui nous rappelle « La Belle captive » d’Alain Robbe-Grillet. Thierry Hardcourt a su saisir cette actrice, elle est subitement transportée d’émotion où se crispent la colère et la tristesse colorée parfois de remords.
Une mise en scène réussie avec des comédiens convaincants qui portent un texte où la réflexion sur l’histoire continue d’interroger à la recherche des vérités de chacun.
À voir jusqu’au 24 avril au Vingtième théâtre.

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