Au cours de l’entretien que Pierre Mongin a accordé aux Échos, publié le 12 juillet 2010, le PDG de la RATP s’est exprimé sur le projet du Grand Paris et sur les deux réseaux qui entreront en compétition lors d’un débat public à l’automne, connus comme le Grand Huit (le Grand Paris) de Christian Blanc, et Arc Express, défendu par la Région.
Les Échos : Concernant l’élaboration des projets du Grand Paris, le départ de Christian Blanc du gouvernement change-t-il la donne ?
« Le constat de la RATP (…) reste identique : il nous faut un moyen de transport rapide, de type métro automatique, pour relier la ceinture de la petite couronne parisienne. C’est une nécessité absolue pour faire fonctionner de façon satisfaisante cette grande agglomération d’Ile-de-France, une des rares « villes mondes ». Si aucun investissement n’est fait, nous n’arriverons plus à transporter de façon normale les voyageurs à l’horizon 2020. Cet impératif se décline autour de deux projets : Arc Express, porté par la région, et le Grand Paris, qui était et reste le projet du gouvernement, malgré le départ de Christian Blanc. Le débat public qui sera mené à l’automne - et auquel nous participerons - permettra de dégager une synthèse qui réponde à l’ampleur des besoins et au risque de saturation.
Les Échos : En période de crise, ces investissements énormes (de 20 à 25 milliards d’euros) sont-ils encore raisonnables pour la collectivité ?
« La France n’a pas le choix. C’est un investissement décisif pour soutenir la compétitivité du pays ; la légitimité de la dette n’est pas discutable ici. Que risque-t-on aujourd’hui en Europe ? C’est d’entrer dans une phase de croissance molle - à cause de l’essoufflement de la compétitivité, de la baisse de la démographie - et, in fine, dans une forme de déclin économique. Il faut donc être capable de créer une croissance endogène. Les projets d’infrastructures de transport sont au coeur de la croissance de demain. Ce choix est judicieux du point de vue environnemental, il l’est également du point de vue économique, car il va falloir soutenir l’emploi. Le projet de métro automatique représente près de 10 000 emplois permanents durant la période du chantier, sans compter les emplois induits.
Les Échos : Cet effort est-il soutenable alors que la modernisation du métro actuel demande également beaucoup de moyens ?
« On peut mener les deux de front. La modernisation du réseau existant fait partie des missions essentielles de la RATP. Les investissements de l’entreprise - qui représentaient à peine 700M€ à mon arrivée - vont atteindre 1,4 milliard cette année, en croissance de 10% par rapport à 2009. En tout, nous voulons investir 7 milliards entre 2009 et 2013, dans le service aux clients (en renouvelant les trains et en rénovant les gares…), le prolongement de lignes existantes et dans la pérennisation de l’outil industriel. Nous avons les moyens de cette politique ambitieuse et le STIF (Syndicat des transports d’Ile-de-France) nous soutient dans cette démarche. Pour y parvenir, cela nous oblige à faire preuve de la plus grande rigueur dans la gestion de l’entreprise, notamment en matière de productivité. »
André Balbo
Source : Les Échos

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