Dans le secret des cabinets ministériels, le super-métro promis aux Franciliens par Nicolas Sarkozy et Christian Blanc vient de dérailler sans bruit. Les experts de la RATP et de la Direction régionale de l’Équipement ne sont pas arrivés au même nombre estimé de voyageurs que le secrétaire d’État à la région capitale. Loin s’en faut ! Il annonçait que « le métro le plus performant du monde » allait accueillir 3 millions de voyageurs par jour en 2020, et les spécialistes ont calculé que cette ligne féérique de 130km de longueur ne dépasserait pas le seuil des 3 millions.
Résultat d’autant plus faiblard que l’estimation prend déjà en compte la fréquentation de l’actuelle ligne 14 (10km intégrés au futur métro). Reste donc 120km de voies nouvelles et 21,4 milliards de facture pour un peu plus d’un million de passagers.
Sentant bien le vent du boulet, Christian Blanc a demandé à ses experts de refaire tous leurs calculs. Mêmes chiffres désastreux.
Aujourd’hui l’Élysée tire en catastrophe les conséquences politiques de ce déraillement et redécouvre le besoin de faire ami-ami avec Jean-Paul Huchon, le président PS de la région, et avec Bertrand Delanoë, le maire de Paris.
Et il va falloir pas mal recoudre car par exemple leur projet de métro concurrent, l’Arc Express, avait été sèchement jeté aux orties au Sénat, de même que les prérogatives et responsabilités de tous les élus d’Ile-de-France, proprement ignorées dans le premier jet du projet du Grand Paris. Entrerons-nous enfin dans une ère de dialogue constructif ? Évidemment sous la contrainte de la réalité, cela ne sera nullement affectif…
Les premiers signes de bonne volonté se multiplient maintenant à la vitesse grand V : Christian Blanc est mis sous tutelle et c’est Borloo qui supervisera les négos avec la région et la mairie de Paris.
Dans l’immédiat Claude Guéant, secrétaire général de l’Élysée, a discrètement rencontré les directeurs de cabinet de Huchon et de Delanoë pour tenter de sceller un accord sur le projet de loi.
Merveilleuse orchestration ! À deux jours d’une commission mixte paritaire annoncée comme houleuse sur le projet de loi Grand Paris, les députés UMP franciliens ont fait hier un autre geste d’apaisement d’importance en décidant de retirer l’amendement du sénateur Yves Pozzo di Borgo qui enterrait de facto le projet de rocade Arc Express cher au Conseil régional, en supprimant son débat public.
Celui-ci sera donc organisé : il pourra même « avancer en même temps » (délicieux, non ?) que celui de la « double boucle » de métro, projet phare du Grand Paris.
Christian Blanc avait toujours affirmé que son projet reprenait les objectifs d’Arc Express, point de vue que ne partagent ni la région ni le syndicat des transports d’IdF.
L’Élysée souhaite voir les deux parties faire des efforts pour régler ce conflit. Belle façon de se protéger d’un incendie qu’il a fait allumer par son secrétaire d’État. Huchon doit-il maintenant faire un geste en retour, ou attendre que ne s’ébruitent les calculs désastreux des experts sur la double boucle… et avancer leurs évaluations sur l’Arc Express…
André Balbo
Sources : Le Canard Enchaîné, Les Échos

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