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Grippe A : approcherons-nous un jour de la « vérité » ?

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Les centres de vaccination cesseront leur activité le 30 janvier. Dorénavant, la vaccination se fera dans les cabinets des médecins libéraux qui le proposent.

Nous avions très tôt remarqué avec Le Canard Enchaîné que l’OMS cherchait à préserver l’anonymat de ses experts sur la pandémie de grippe A. Le Parisien va plus loin en enquêtant sur Margaret Chan, la directrice générale de l’OMS, et sur ses conseillers très spéciaux.

Il se confirme bien que parmi les différents groupes d’experts qui conseillent sur cette question Margaret Chan, plusieurs aient des liens financiers avec des laboratoires pharmaceutiques.

Le comité du Sage, principal groupe consultatif de l’OMS pour la vaccination, est composé de 15 scientifiques internationaux qui ne rendent compte qu’à Margaret Chan. C’est sur sa recommandation qu’elle a annoncé, le 1er juin, le passage en phase 6 de la pandémie, décision qui incita les gouvernements à acheter massivement des vaccins à titre préventif. 3 membres de ce comité sont rémunérés par des labos, en plus de leur travail de chercheur : Juhani Eskola, Peter Figueroa et Malik Peiris. « Dans un comité aussi stratégique, on aurait pu attendre de l’OMS qu’elle prenne davantage de précaution pour éviter les conflits d’intérêts », indique le chercheur français Yves Charpak, ancien de l’institution genevoise.

Le comité vaccination grippe A, créé en avril 2009 lors de l’épidémie au Mexique, a été chargé de fournir des recommandations à Mme Chan. En plus de 3 membres du Sage, il comprend 10 experts censés être indépendants. 2 d’entre eux ont pourtant des liens d’intérêts avérés avec les fabricants de vaccins : Neil Ferguson et Albert Osterhaus. « Au cours de discussions avec eux, j’ai été surpris par leurs prises de position tranchées. J’ai eu des doutes quand j’ai su qu’ils étaient rémunérés par les laboratoires », ajoute un des experts de l’OMS qui travaille sur la grippe A.

Il existe d’autres comités à l’OMS, dont l’un, chargé de donner des avis à Margaret Chan sur l’évolution de la pandémie, est dirigé par Bruno Lina.

Identification de certains des experts de l’OMS

Bruno Lina, Français, responsable d’un comité technique de l’OMS, virologue au CNRS en France, par ailleurs rémunéré par Roche, Novartis, GSK, Baxter, et Sanofi-Pasteur. Egalement membre du comité français de lutte contre la grippe.

Juhani Eskola, Finlandais, membre du comité du Sage de l’OMS, directeur de l’Institut de la santé d’Helsinki. Aussi rémunéré par Novartis et GSK.

Peter Figueroa, Jamaïquain, membre du comité du Sage, professeur à la faculté de sciences de Kingston et aussi rémunéré par Merck.

Albert Osterhaus, Néerlandais, expert au comité vaccination-grippe A de l’OMS, actionnaire de Viroclinics, qui développe des traitements contre la grippe A.

Malik Peiris, Chinois, membre du comité du Sage, professeur à la faculté de médecine de Hongkong et aussi rémunéré par Baxter, Sanofi-Pasteur et GSK.

Neil Fergusona, Anglais, expert au comité de vaccination grippe A de l’OMS, professeur de médecine à l’Imperial College et aussi rémunéré par Baxter, GSK et Roche.

Une audition a lieu ce mardi au Conseil de l’Europe, à la demande d’un expert allemand, Wolfgang Wodarg, qui met en cause l’OMS. La gestion de l’épidémie de grippe A (H1N1) en Europe n’a pas fini de faire des vagues. Si la France est en tête des pays ayant engagé le plus de moyens, tous ou presque sur le Vieux Continent ont commandé trop de vaccins et essayent aujourd’hui de les revendre. L’analyse critique des processus de décision dans cette affaire est désormais indispensable pour en tirer des enseignements. Face à des systèmes de santé en déficit chronique, l’analyse du rapport coût/bénéfice des choix de santé va s’imposer de plus en plus, y compris dans les pays riches.

Wolfgang Wodarg souhaite faire apparaître, à travers ces auditions, les bases scientifiques sur lesquelles l’OMS a décrété l’alerte mondiale. Il propose que le Conseil de l’Europe demande à ses 47 États membres « une enquête sur les conséquences du déclenchement de la pandémie et sa prise en charge aux niveaux nationaux et européen ».

De son côté, l’OMS dément formellement ces allégations de conflits d’intérêt et de fausse pandémie. Margaret Chan, directrice générale de l’OMS, a reconnu la semaine dernière devant son conseil exécutif réuni à Genève, « qu’elle n’avait pas prévu que les gens décideraient de ne pas se faire vacciner. L’époque où les responsables de la santé pouvaient donner des recommandations et attendre que les populations s’y plient est sans doute révolue. En France aussi, une commission d’enquête parlementaire devrait être lancée.

Selon Michel Setbon, sociologue spécialiste des crises sanitaires : « Nous pouvons d’ores et déjà tirer plusieurs leçons de cette affaire. Elle remet en cause nos capacités de prédiction. Nous n’avons pas assez réfléchi aux manières d’anticiper avec des mesures justes les crises sanitaires. Il aurait fallu avoir un comité d’experts, notamment en santé publique, capable d’adapter la stratégie au fur et à mesure des connaissances. Enfin nous n’avons pas tenu assez compte des demandes de la population qui, face à un virus peu virulent, ne s’est pas massivement fait vacciner.

À bientôt,

André Balbo

Sources : Le Canard Enchaîné, Le Parisien, Le Monde

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mardi 26 janvier 2010