Cirque, Paris 11e 
28 mai 2011

Histoire du Cirque d’Hiver

 

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LIEU :

Il était temps, après plus de 150 ans.
- Cette année, le Cirque d’hiver de Paris s’offre un masque de beauté. Profitons-en pour applaudir la grande parade historique du plus ancien (et plus magnifique) cirque "en dur" du monde.

La construction du Cirque d’Hiver, réalisée en huit mois, coïncide avec l’avènement du second empire en 1852.
- Sombre année pour les libertés : la censure est rétablie, la seconde république est foulée aux pieds. Le 2 décembre 1852, un an jour pour jour après son coup d’état, Louis Napoléon Bonaparte est devenu Napoléon III. Le 11 décembre, le nouvel empereur fait sa première sortie publique pour inaugurer "son" cirque, l’actuel Cirque d’hiver, alors nommé Cirque Napoléon.

Le cirque, divertissement sans danger pour le pouvoir impérial, est alors à la mode. Après plusieurs siècles d’éclipse, il a refait son apparition à la fin du XVIIIe siècle, en Angleterre, puis en France. Ce n’est certes plus le cirque de gladiateurs de la Rome antique. Le cirque nouveau appartient aux écuyers. Sa piste ronde se prête aux exercices d’équitation : diamètre d’environ 13 m égal à la longueur du fouet du dresseur, aide de la force centrifuge pour tenir en équilibre sur le dos des montures.

Jacques-Ignace Hittorff, architecte favori de Napoléon III, est un vétéran sexagénaire lorsqu’il conçoit le Cirque d’Hiver, même si son œuvre la plus fameuse, la Gare du Nord, reste encore à construire. Il a déjà dessiné en 1841 le Cirque d’Eté des Champs Elysées. Mariant avec subtilité architecture et scénographie, son Cirque Napoléon est un polygone à 20 côtés ornés de bas-reliefs polychromes en frise. Deux monumentales statues équestres, l’Amazone et le Guerrier, surveillent l’entrée. La salle au fastueux décor antique peut accueillir à l’origine 4 à 5 000 spectateurs (1 650 actuellement en fonction des normes de sécurité), pour des spectacles admirés à 360 degrés.

En 1852, la réglementation tatillonne ne permet pas le mélange des genres dans un même lieu scénique. Le gérant Louis Dejean a obtenu l’autorisation d’associer théâtre équestre, pantomime sautante et clowneries. Les numéros de cirque peuvent commencer à se succéder : « En mars 1860, le cirque Napoléon offrait à ses habitués les travaux équestres de Mme Loyal et Melle Clara Ruch ; des intermèdes de clowns ; la Voltige des Petits Chinois, par Lehmann, Montero et Joseph ; soixante sauts périlleux sur la batoude américaine, par Barnes ; les gracieuses gambades de Don Juan, taureau dressé en liberté, par l’Américain Mac Ray ».

Qui se souvient de Jules Léotard, l’audacieux jeune homme au trapèze volant inspirateur d’une chanson très populaire aux Etats-Unis ? He’d fly through the air with the greatest of ease The daring young man on the flying trapeze Le 12 novembre 1859, pour la première fois au monde, Jules Léotard voltige entre deux trapèzes au Cirque Napoléon. Il enfièvre le public en se précipitant dans le vide, exhibant sa musculature dans un maillot moulant. Le « léotard », qui laisse le corps libre de ses mouvements, devient la tenue des gymnastes et des acrobates. Deux ans plus tard, un autre Jules triomphe au Cirque Napoléon : Jules Pasdeloup, fondateur de la Société des concerts populaires, y interprète le grand répertoire symphonique, rencontrant un nouveau public. « C’est un espèce de 1789 musical que Pasdeloup vient d’opérer en proclamant l’égalité des Français devant la musique » déclare la Revue et Gazette musicale.

En 1873, sous la Troisième République, le Cirque Napoléon adopte son nom actuel de Cirque d’Hiver. Victor Franconi, héritier d’une célèbre famille d’écuyers, prend sa direction. Mais le cirque en dur de centre ville perd bientôt de son aura : les numéros équestres ne font plus recette, les grands chapiteaux ambulants dotés d’impressionnantes ménageries se multiplient. Le Cirque d’Eté des Champs Elysées est démoli en 1899. Le Cirque d’hiver survit, accueillant aussi conférences et combats de catch. Transformé en cinéma par Pathé en 1907, il se spécialise dans la diffusion d’images de fauves et d’acrobates.

Après la première guerre mondiale, le théâtre populaire investit le Cirque d’Hiver. Pour y créer en 1919 son spectacle « olympique », Oedipe, roi de Thèbes, le metteur en scène Firmin Gémier va jusqu’à supprimer temporairement la piste. Les spectacles de cirque reprennent en 1923, sous la direction artistique des trois frères Fratellini : faisant pétiller la commedia dell’arte, François, le clown, Paul, l’auguste et Albert, le contre-pitre séduisent un large public. Dix ans plus tard, Mistinguett inaugure au champagne une piscine installée sous la piste. Les numéros peuvent devenir aquatiques.

En automne 1934, le Cirque d’Hiver voit l’entrée en piste de quatre autres frères d’origine italienne, issus d’une famille de dresseurs : avec Alexandre, Joseph, Firmin et Sampion, l’ère Bouglione commence. En ces temps coloniaux, le public parisien se divertit avec des opérettes de cirque mariant exotisme, clowneries et acrobaties, comme La Reine de la Sierra, L’Idole de Shanghai ou La Perle du Bengale, plus gros succès du Cirque d’Hiver, avec Achille Zavatta, représenté jusqu’en 1960. Le cirque ne reste pas à l’écart des mutations politiques : un rassemblement national antifasciste se tient au Cirque d’Hiver dès 1934. Sous le Front Populaire est monté un spectacle mêlant préoccupations réelles et élans vers l’évasion, avec des décors de Fernand Léger.

Le trapèze volant, né au Cirque d’Hiver, fait toujours rêver et frémir, comme l’écrit Colette en 1940 dans Images de France : « Le plus beau numéro de cirque sera toujours le plus périlleux. Les peintres du cirque (…) ont commencé par aimer un corps précipité du trapèze, dans un poudroiement astral des projecteurs, pendant l’insoutenable moment de silence qui immobilise, bâton levé, le chef d’orchestre. ». En 1934, un jeune homme natif de l’île de Sakhaline, fait ses débuts au Cirque d’Hiver comme trapéziste : il deviendra plus tard le plus célèbre chauve d’Hollywood, sous le nom de Yul Brynner. En 1956, c’est au contraire Hollywood qui vient au Cirque d’Hiver, avec le tournage du film Trapèze, réunissant Gina Lollobrigida, Tony Curtis et Burt Lancaster.

Le petit écran choisit tout naturellement le Cirque d’Hiver en 1953 pour la réalisation de La Piste aux étoiles. Dans les années 60, la popularité du cirque s’en trouve renforcée, mais la standardisation menace les numéros, regardés par des téléspectateurs bien loin des âpres vibrations de la piste. Le directeur Joseph Bouglione, « Monsieur Joseph », ne pourra que constater le déclin du cirque. Galas, spectacles de variétés et de théâtre se succèdent au Cirque d’Hiver lorsque le dernier survivant des 4 frères Bouglione disparaît en 1987.

Le cirque s’efface, mais pas pour longtemps : dès 1999, une nouvelle génération de Bouglione créée à nouveau de fabuleuses mises en piste qui continuent d’enchanter petits et grands. La famille Bouglione laisse parfois la place à d’autres grands artistes, qui aiment faire leur Cirque d’Hiver, d’Higelin à Djamel Debbouze.

Aujourd’hui, patientez un peu : les travaux de rénovation du Cirque d’Hiver doivent se terminer au dernier trimestre. Et préparez-vous à obéir au peintre Fernand Léger : « Allez au cirque. Vous quittez vos rectangles, vos fenêtres géométriques, et vous allez au pays des cercles en action…le rond est libre, il n’a ni commencement ni fin. »

Texte de Marie-Ange Daguillon, photos Denis Calvez et Mario Tafforeau

Et maintenant place au Cirque !


PRATIQUE :

Accès :
- Bus : 96 / 56 - Oberkampf Richard Lenoir
- 96 Bretagne
- 20 / 65 - Oberkampf Filles du Calvaire

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derniere modification: vendredi 28 mai 2011, par Rebecca, crédit photo : Evous.fr M.Tafforeau et D. Calvez
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