
On a souvent cité l’architecte Louis Le Vau comme auteur de l’ hôtel d’Aumont, mais les historiens penchent plutôt pour des dessins de François Mansart. Le comble à la Mansart est d’ailleurs une nouveauté de l’époque appliquée sur cet hôtel. Le Vau aurait uniquement contribué aux décors intérieurs. Toujours est-il qu’il fut construit en deux campagnes, la première avant 1648, et la deuxième de 1649 à 1650 sous la conduite de Michel Villedo (maître maçon puis architecte sous Louis XIV).
Sur le projet initial, représenté sur une gravure de Silvestre, la façade sur jardin (côté Seine) était composée de 11 travées terminées aux extrémités par deux petits cabinets en saillie, et centrée sur un avant-corps de 3 travées. Mais à partir de 1656, l’hôtel fut agrandi par l’architecte Libéral Bruand puis en 1703 par Georges Maurissart, à seize ou dix-sept travées animées par deux-avant-Corps symétriques. La façade actuelle - interminable et triste - a souffert d’une recomposition de 1960 et compte maintenant une vingtaine de travées
En revanche, la façade sur cour de l’hôtel (illustration ci-dessus), accessible par la rue de Jouy, est beaucoup plus intéressante. Un très beau portail à refends permet d’y accéder : dans son tympan en demi-cercle s’inscrit une fenêtre encadrée de guirlandes de fleurs, timbrée d’un masque grimaçant de faune. Comme à l’ hôtel de Châlon-Luxembourg, la richesse du portail signale au passant la qualité de la personne qui y habite.

Simple en profondeur, le logis en fond de cour comprend cinq travées : sa façade est finement sculptée d’agrafes surmontées de draperies au rez-de-chaussée, de mascarons de femmes surmontés de guirlandes à l’étage. Au niveau des combles, une lucarne centrale et quatre oeils-de-boeuf complètent la composition. Les deux ailes perpendiculaires au logis, rejoignant le bâtiment sur rue, comprenaient cuisines, offices, écuries et remises pour les carrosses (aile de droite).
A l’intérieur de l’hôtel subsistent quelques décors remarquables : deux plafonds du XVIIe siècle, un salon d’apparat recouvert de boiseries blanches et dorées datant du début du XVIIIe siècle (avec un décor de chimères et d’instruments de musique), ainsi qu’ un boudoir habillé de lambris XVIIIe. Sur l’un des plafonds redécouvert en 1949 est apparu tout un décor peint de cartouches, fleurettes, rinceaux, guirlandes, amours, ainsi que les initiales ADR, monogramme d’Aumont.
Signalons aussi le grand salon (devenu la bibliothèque du Tribunal) qui fut peint par Charles Le Brun en 1656-1662. Si le plafond qui représentait "L’Apothéose de Romulus" a hélas disparu, il subsiste de très belles voussures : huit médaillons illustrent des épisodes de la vie de Romulus, insérés dans des cadres de stuc blancs et dorés rehaussés de guirlandes, de cuirasses et de têtes de lions.
Le commanditaire de l’hôtel d’Aumont est un financier, Michel-Antoine Scaron - oncle du célèbre poète. Il est seigneur de Vaures, conseiller du roi, contrôleur des Ponts et Chaussées de France, et fort riche. Sa fille Catherine épouse en 1629 Antoine d’Aumont, marquis de Villequier. Une brillante carrière attend cet homme qui deviendra Maréchal de France en 1651, gouverneur de Paris en 1662, puis duc et pair en 1665. Dès 1648, il s’installera dans cet hôtel avec son épouse et ne cessera d’embellir sa demeure.
Son fils Louis-Marie fut connu comme un grand collectionneur - comme beaucoup d’aristocrates fortunés à cette époque - et rassembla dans son hôtel mobilier, bronzes, tableaux, médailles, pierres gravées. En 1766, l’hôtel appartenait à un autre financier, Pierre Terray, procureur général à la Cour des Aides. En 1859, la Pharmacie centrale de France en fit l’acquisition et en fit un usage industriel. Acquis en 1936 par la ville de Paris, l’hôtel d’Aumont, fort délabré, échappa par miracle à la destruction.
Devenu en 1957 le siège du Tribunal Administratif de Paris, l’hôtel fut consolidé par l’architecte Michel Roux-Spitzer, puis réhabilité de 1959 à 1964. L’hôtel d’Aumont se visite généralement lors des Journées du Patrimoine. Sa cour fermée par une grille est visible en semaine.
Sources : Guide du Patrimoine Paris par Jean-Marie Pérouse de Montclos, Le Marais évolution d’un paysage urbain par Danielle Chadych.

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