Le grenier de l’Ile-de-France va-t-il se transformer prochainement en champs de pétrole ? Plusieurs compagnies pétrolières ont déjà déposé des demandes de permis d’exploration et d’exploitation en Seine-et-Marne, afin d’exploiter le sous-sol, entre – 2 000 et – 4 000m, de manière dite « non conventionnelle », par fracturation hydraulique. Avec l’espoir d’extraire, dans le Bassin parisien, jusqu’à 20 000 barils/jour, le double de ce que l’on obtient actuellement de manière traditionnelle. Une réserve de 100 milliards de barils dormirait ainsi dans le sous-sol du Bassin parisien ! Inutile de dire que les intérêts et les esprits s’échauffent…
Évidemment la nouvelle méthode a déjà fait ses tristes preuves aux États-Unis et au Canada. Les résultats, en termes d’environnement, ont été absolument effrayants. De larges zones agricoles ont ainsi été rendues inexploitables. Les eaux de nombreuses nappes phréatiques sont devenues non potables et polluées, et il y eut remontées de matières radioactives et de métaux lourds. Les norias de camions et les tuyaux en réseaux ont écarté toute autre activité. L’habitat de régions entières s’est clairsemé par le départ contraint de nombre de leurs habitants. Sur le sujet, un film documentaire convaincant circule sur le Net : Gazland.
Yves Cochet, député écolo de Paris et spécialiste de la question, a organisé à Meaux et à Melun deux réunions d’information sur l’exploitation du gaz et de l’huile de schiste. Pour Caroline Pinet, conseillère municipale écolo à Montceaux-lès-Meaux, « 80% du territoire du département (Seine-et-Marne) peuvent être concernés par ce nouveau type d’exploitation. Rien qu’autour de Meaux, 4 demandes de permis d’exploration ont été déposées. On ne veut pas que le grenier de l’Ile-de-France se transforme en champ de pétrole. »
Pour le moment, seules les compagnies associées Toréador(qui possède déjà 133 puits conventionnels dans la région, pour 885 barils/jour) et Hess ont commencé les prospections, avec autorisation pour 4 puits. Elles sont déjà en train de construire une tour de forage à Doue et Jouarre afin d’aller vérifier leur hypothèse. S’appuyant sur les similitudes géologiques existant entre la formation de Bakken, dans le Dakota du Nord, aux Etats-Unis, et le Bassin parisien, elles fondent de grands espoirs… « Mais en créant des microfissures, les produits chimiques qu’ils injectent vont remonter dans les nappes phréatiques, (…) on ne veut pas de ça ici. »
Pour le directeur de Toréador, Emmanuel Mousset, « c’est du fantasme ». « On ne peut pas contaminer les nappes. Nos fractures font 10m de long et sont situées à plus d’un kilomètre des nappes. On ne fait pas n’importe quoi ! » Il refuse pourtant de divulguer la nature des produits qu’il utilisera, si le forage est prometteur. « Je réserve ma réponse à la ministre de l’Écologie qui va convoquer tous les opérateurs », répète-t-il alors que l’intervention de Nathalie Kosciusko-Morizet le 2 mars devrait le rendre plus circonspect.
Les intentions de la ministre sur la question demeurent malgré tout on ne peut plus ambiguës. Position de départ et de principe apparemment courageuse, mais d’une part l’huile de schiste n’était pas concernée par le moratoire décrété le 2 février… et d’autre part le délai de ce moratoire est extrêmement court...
Courant mars, les élus socialistes et écolos du Conseil régional d’Ile-de-France devraient demander l’ajournement des permis le temps que les études soient réalisées. Mais Toréador et Hess, qui ont investi 120M€, restent confiants : « Sur le plan technique, nous avons des arguments (qui vont) dans le sens du respect de la nature », assure Emmanuel Mousset.
Le 5 mars, à Doue (77), 1 800 à 3 000 défenseurs de l’environnement étaient venus protester contre l’exploitation du pétrole de schiste par les compagnies américaines Toreador et Hess. Après le 26 février, quand quelque 10 000 personnes s’étaient mobilisées en Ardèche contre les permis d’exploration accordés dans le Sud-Est, c’était le 2e événement contre le gaz et l’huile de schiste, et le 1er en Ile-de-France.
Et il y avait du beau linge ! José Bové, présent à Doue (Seine-et-Marne) où est prévu le forage, s’est déclaré : « impressionné par le monde, et ce n’est que le début d’un mouvement national ! ». Il a appelé à bloquer « les routes à l’arrivée des camions pour empêcher la reprise des travaux partout en France ».
À Doue (77), les travaux, démarrés en janvier, furent stoppés sur intervention de Nathalie Kosciusko-Morizet. Toreador vient malgré cela d’informer la commune de la reprise des travaux dès le 15 avril, avec l’arrivée d’une tour de forage. « L’entreprise fait fi du rapport d’étape demandé par la ministre, déplore le maire Jean-François Delesalle. Il faut s’opposer dès maintenant à la reprise des travaux et exiger le retrait de tous les permis d’exploration ! »
Le Parisien raconte quelques slogans aperçus : « Sarko dégaze », « Pas la peine d’inschister », ou « Notre or, c’est notre eau ». Marie-Paule Duflot (mère de Cécile), présidente de Nature Environnement 77, précise que : « le permis de forage utilisera l’équivalent de la consommation annuelle d’eau de 4 000 habitants, alors que le département est en seuil renforcé de sécheresse. »
La députée européenne écolo Eva Joly, également présente, dénonce quant à elle « un projet absurde d’un autre temps », alors que l’heure est « aux énergies renouvelables ».
80 parlementaires ont cosigné le 3 mars une motion « contre l’exploitation du gaz de schiste », et l’Assemblée nationale a lancé une mission d’information sur le sujet. Et Corinne Lepage se saisit aussi du problème.
André Balbo
sources : Le Monde, Le Parisien, Nature Environnement 77, developpementdurablelejournal

envoyer par mail
Imprimer la page