L’homosexualité est encore considérée comme un crime dans plus de 70 pays.
Elle est passible de la peine capitale dans 7 pays.
Dans le monde entier, des discriminations subsistent à un très haut niveau, en particulier pour les transsexuels hommes ou femmes, qui sont les marginaux des marginaux.
La première édition de la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie a eu lieu le 17 mai 2005, soit 15 ans jour pour jour après la décision prise par l’OMS de supprimer l’homosexualité de la liste des maladies mentales.
Aujourd’hui, cette journée, célébrée dans de nombreux pays à travers le monde, est reconnue officiellement par l’Union européenne, (France, Royaume-Uni, Pays-Bas, Espagne, Belgique, Luxembourg), par le Brésil, le Mexique, le Costa-Rica, etc. Dans plus de 70 pays, chaque année, autour du 17 mai, ont lieu des campagnes, manifestations, conférences, festivals, émissions, expositions, des décisions politiques sont prises aussi, l’ensemble visant à faire avancer les droits humains dans ce domaine.
Dans un entretien accordé au NouvelObs, le fondateur de la journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie, Louis-Georges Tin, président du Comité IDAHO (International Day Against Homophobia and transphobia) évoque certaines des raisons qui poussent les pays à pénaliser l’homophobie et la transphobie.
« Il y a au départ un héritage religieux et colonial. Les religions du Livre et les traditions qui en sont issues condamnent clairement l’homosexualité, et ce sont ces lois qui ont été exportées dans le monde entier, à la faveur de la colonisation : les sodomylaws, dans l’Empire britannique (du Canada à l’Australie en passant par l’Inde, le Nigeria ou les Etats-Unis), par exemple, ou les lois imposées par l’Inquisition espagnole ou portugaise dans toute l’Amérique latine. Dans certains pays, l’évolution des mœurs, l’essor de l’individualisme, la démocratie, la sécularisation, la révolution sexuelle, tout cela a permis un processus de dépénalisation. Dans d’autres, non.
En Afrique, on se réfère volontiers aux "valeurs africaines", pour empêcher toute évolution en ce sens, et on affirme souvent que l’homosexualité serait une réalité étrangère, alors que ce sont les lois homophobes qui ont été importées, et imposées aux peuples autochtones, non sans difficulté d’ailleurs. Dans les pays musulmans, il est clair que depuis 30 ans, le contexte de confrontation avec "l’Occident chrétien" pousse certains dirigeants à mettre l’accent sur les valeurs de l’Islam, à les réaffirmer, souvent de manière opportuniste, parfois brutalement. C’est le cas en Iran, alors qu’à l’époque du Shah, les bars homosexuels avaient une forte visibilité à Téhéran. Dans le monde entier, y compris en Europe, bien sûr, il y a un fonds culturel et religieux, souvent défavorable aux relations homosexuelles, que des contextes "porteurs" peuvent exacerber. En Ouganda, par exemple, le président Museveni a lancé cette chasse aux sorcières contre les homosexuels peu avant le début de sa campagne pour les présidentielles. Il pensait souder ainsi les chrétiens et les musulmans : ce fut une réussite, de ce point de vue. Mais il n’avait pas prévu la réaction internationale, qui était en effet inédite : il dut alors battre en retraite.
Afin de réduire le nombre de pays pénalisant l’homosexualité, Louis-Georges Tin a mis en œuvre une stratégie à travers le Comité IDAHO.
« Premier objectif, mobiliser l’opinion publique. C’est ce que nous avons initié dès 2006, avec l’appel que j’ai lancé "pour une dépénalisation universelle de l’homosexualité", texte signé par plusieurs prix Nobel (dont Desmond Tutu, Dario Fo, José Saramago, Elfriede Jelinek, Amartya Sen), par des artistes (dont MerrylStreep, Cindy Lauper, Elton John, David Bowie), des intellectuels (dont NoamChomsky, Judith Bulter, Taslima Nasreen, Bernard-Henri Lévy). C’est que nous continuons inlassablement, d’année en année.
Deuxième objectif, mobiliser les instances internationales. C’est ce que nous avons réussi à faire 2 ans plus tard. Relayant notre campagne, le gouvernement français a porté une déclaration à l’Assemblée générale des Nations Unies sur ce sujet, à New York, où je me suis rendu avec Rama Yade le 18 décembre 2008. (…) Notre but est d’aboutir désormais à une résolution, c’est-à-dire à un texte plus contraignant. Certes, cette résolution serait sans effet, même à moyen terme, sur des pays comme l’Iran ou l’Arabie Saoudite, mais sur des pays comme l’Inde ou le Liban, qui pénalisent l’homosexualité, mais qui se présentent comme des démocraties, et qui tiennent à garder une certaine image sur la scène internationale, une résolution de l’ONU pourrait avoir un effet significatif à court terme, d’autant qu’existent déjà sur place des mouvements locaux en faveur de la dépénalisation. Cette résolution, nous la demandons au gouvernement français, nous y travaillons activement, et nous croyons qu’une réponse pourrait être donnée prochainement à notre demande... Ce serait une avancée historique en faveur de la liberté. La liberté d’être, et d’aimer, tout simplement.
Pour plus d’infos, visitez les deux sites du Comité IDAHO, le site français :
(http://idahofrance.fr/index.html), qui parle principalement de la France,
et le site en anglais (http://www.dayagainsthomophobia.org...), qui présente les activités au niveau international, dans les 70 pays.
André Balbo
sources : NouvelObs, IDAHO

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