En fait, que nous disent les scientifiques sur le sujet ? Eau du robinet ou eau en bouteille ? That is the question. Grand débat de nos temps modernes inquiets. Peut-on boire sans crainte et sans danger l’eau du robinet en France ?
Dans l’état actuel des connaissances, tant sur le plan des micropolluants organiques que de la radioactivité, à quelques nuances près, la réponse est oui. Et même la qualité de l’eau du robinet n’aurait désormais plus rien à envier à celle des eaux vendues en bouteilles.
Cette réponse, rassurante pour l’organisation de notre vie quotidienne et « source » de possibles économies futures…, a été fournie, dans le cadre des Entretiens de Bichat, par l’atelier « Eau du robinet et santé » qui s’est tenu le 29 septembre 2011 au Palais des Congrès.
Le professeur émérite des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital de la Pitié-Salpétrière Marc Gentilini, qui préside l’Académie de l’eau, disait à cette occasion : « Nous sommes privilégiés (en France) de disposer d’une eau potable de cette qualité ».
Celle-ci d’ailleurs s’est considérablement améliorée au cours des dernières années tant sur le plan bactériologique que physico-chimique. Si la qualité de l’eau diffère, selon les caractéristiques de la ressource et le traitement qui lui est appliqué dans chaque commune, 98,65% de l’eau potable en France est actuellement conforme aux normes de la réglementation européenne sur l’eau.
Les progrès accomplis dans le domaine de la chimie analytique permettent aujourd’hui de détecter de très faibles traces de molécules minérales ou organiques dans tous les milieux. Yves Levi, professeur de santé publique et environnement à la faculté de pharmacie de Paris-Sud tempère malgré tout : « En dépit des efforts analytiques, on ne sait pas tout ». Ainsi par exemple les normes actuelles ne prennent-elles pas en compte les interactions possibles entre différents contaminants, non seulement bus, mais inhalés ou touchés, même à très faibles doses.
D’autre part, les effets de la toxicité comme les perturbations endocriniennes, la résistance aux antibiotiques, les allergies ou les problèmes immunitaires ne se manifestent qu’après une exposition à long terme à certaines substances chimiques. Une jeune discipline, l’écotoxico-pharmacologie, essaye d’évaluer l’impact des substances et de définir des biomarqueurs pour proposer des modèles toxicologiques.
Le 3e spécialiste de cet atelier, Jean-Luc Godet, expert de l’Autorité de sûreté nucléaire, a rappelé que « la qualité radiologique des eaux de consommation était satisfaisante dans l’Hexagone ». Elle résulte de la radioactivité naturelle, plus importante dans les massifs anciens, mais elle ne dépasse pas0,2mSv et ne contient pas de radionucléides artificiels.
L’eau du robinet, strictement contrôlée, est donc tout aussi bonne à boire, selon l’atelier « Eau du robinet et santé » que les eaux en bouteille surtout quand elles sont, retenez bien cela, conditionnée dans du plastique. Elle est en outre (sans jeu de mot, 100 fois moins chère, livrée à domicile, et son empreinte écologique est mille fois moindre.
On doit pourtant apporter deux légers bémols à cette satisfaction affichée. Si à Paris tout particulièrement, et en Ile de France en générale, la qualité de l’eau du robinet est très satisfaisante, il fallait quand même rappeler qu’en Bretagne des problèmes de santé publique se posent en ce domaine de façon récurrente, et que l’Europe est un fer de lance hélas indispensable apparemment à la France pour que ses efforts de qualité ne s’amenuisent pas au fil du temps et que sa vigilance soit constante.
Enfin et par ailleurs, si cette ressource est si précieuse, la qualité souvent vétuste des canalisations peut dans certaines régions et dans certaines villes être à l’origine de problème d’hygiène voire d’une déperdition considérable. Un plan conséquent a été évoqué à ce sujet récemment par le ministère de l’Environnement. Une fois encore, Paris, cette fois-ci grâce au fameux baron Haussmann, s’en tire bien mieux que d’autres...
André Balbo
sources : Entretiens de Bichat, atelier eau du robinet et santé, Les Échos

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