L’église de la Trinité ou le triomphe de l’éclectisme

par Franck Beaumont, 13 décembre 2013

C’est sans doute une des églises les plus singulières de Paris. Certes, son décor vous paraîtra quelque peu chargé mais la Trinité reste un des meilleurs exemples d’architecture religieuse éclectique à Paris sous le Second Empire (avec l’église Saint-Augustin). Visite guidée.

Alors que les quartiers voisins de la Nouvelle-Athènes et celui de l’Europe sont lotis depuis les années 1820-1830, la paroisse de la Trinité ne fut créée qu’en 1851. Rappelons que le quartier est un des plus courus et des plus mondains sous le Second Empire, même si le projet de l’Opéra Garnier tout proche ne démarrera qu’en 1861.

La rue de la Chaussée d’Antin est alors un axe majeur qui relie les Grands Boulevards (boulevard des Italiens) à l’ancien hameau des Porcherons (situé le long de la rue Saint-Lazare, entre la place d’Estienne d’Orves et la rue des Martyrs). L’église sera donc axée sur la Chaussée d’Antin et conçue comme le centre d’un projet urbain de place avec immeubles d’habitation. Théodore Ballu est choisi comme architecte ; il va s’en donner à coeur joie avec l’engouement très Second Empire pour le Gothique et la Renaissance, ce que l’on a communément appelé l’éclectisme (mélange des styles ou des époques de l’histoire de l’art en architecture).

La mise en scène de l’église au coeur de la place d’Estienne d’Orves est assez exemplaire : Ballu dessine les deux immeubles qui encadrent l’église, conçoit un petit square décoré d’un bassin à triple fontaine. Trois statues des vertus théologales ( Charité, Foi, Espérance) surplombent la fontaine et c’est d’ailleurs un rare exemple parisien d’empiètement de l’art religieux dans l’urbanisme public. Enfin, des rampes montent latéralement vers l’église où le porche central ménage une circulation pour les voitures à cheval - véritable mise en scène du rituel mondain de la messe dominicale.

Mais c’est le puissant clocher de 63 mètres qui fait de cette église l’une des plus originales de Paris. Il est conçu comme la superposition d’une forte tour carrée (d’inspiration gothique), d’un haut campanile ajouré octogonal (inspiré de la Renaissance italienne), et au sommet d’un petit dôme de pierre coiffé d’une lanterne (ce dôme se répète plus bas, à chaque extrémité de la façade principale).

La statuaire est très présente sur cette église : au niveau de la balustrade (au pied du clocher), on y trouve les saints évangélistes ; à l’étage de la rosace, les figures de la Force, la Tempérance, la Justice et la Prudence, oeuvres de Carpeaux.

Avant de pénétrer dans l’église, il faut admirer le tympan du porche central, orné de magnifiques laves émaillées qui illustrent le mystère de la Trinité. A l’intérieur, Ballu nous a carrément caché un élément constructif important : toute la voûte n’est en fait qu’une cage de fer, même si les arcs et les poutres ont été noyés dans une coque de briques revêtue de peintures. L’édifice frappe le visiteur par l’importance de son volume et sa clarté ; l’architecte a conçu une vaste nef encadrée d’étroits bas-côtés surmontés de balustrades (les tribunes médiévales ont ici disparu au profit de simples coursives).

Le décor intérieur est abondant, souvent ornemental, et sa théâtralité fut reprochée à Ballu : "On s’y croit au salon, au concert, à la Chambre !" se serait exclamé un abbé... Surélevé de 11 marches, le choeur est encadré de tribunes et d’une colonnade de faux marbre vert. Les parties hautes ont été dotées de peintures et de mosaïques polychromes : la voûte en berceau est décorée de médaillons et de compartiments triangulaires ornés d’allégories et des figures des Pères de l’Eglise. On remarquera aussi de grandes compositions aux tympans des arcs du choeur : "La Sainte Trinité" par Félix Barrias, "l’Adoration de l’Agneau mystique" par Félix Jobbé-duval. Enfin, en vous promenant dans les bas-côtés, vous remarquerez l’abondance de peintures des années 1875-1880 dans les chapelles.

Dernier élément de décor remarquable : le grand orgue de Cavaillé-Coll (1868), qui fut tenu de 1931 à son mort en 1992 par le compositeur Olivier Messiaen.

L’église de la Trinité est ouverte à la prière et à la visite tous les jours.

Franck Beaumont.

Sources : Guide du Patrimoine Paris, Guide du Promeneur Paris 9e.

Adresse

place d’Estienne d’Orves


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Dernière modification : mercredi 13 décembre 2013, par Franck Beaumont, photographe Evous
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