
La famille André est originaire de Nîmes et appartient à la haute bourgeoisie protestante. A l’origine, sa fortune s’est bâtie sur le commerce de la soie. Ainsi en 1600, David André est marchand teinturier à Nîmes. Le commerce de la soie sera développé par cette famille entre Nîmes, Gênes et Genève, notamment grâce à de judicieuses alliances. Jusqu’au début du XIXe siècle, les André se contentent de cette activité de négoce. Ainsi, ce sont les André qui fourniront au créateur de Jean Levis Strauss la serge de coton « de Nîmes » pour la fabrication de jean, lui ayant d’ailleurs laissé le nom, le « denim ».
Mais le nouveau siècle qui démarre offre des ambitions bien plus grandes aux hommes entreprenants. C’est Dominique André (1766-1844) qui s’associe en 1808 avec François Cottier pour fonder la maison André & Cottier, d’abord une maison de négoce puis petit à petit une banque importante basée à Paris. Cette maison participera notamment à la création de la Caisse d’Epargne et de Prévoyance ou de compagnies d’assurance comme la Royale.
Mais Paris est également un lieu de spéculation immobilière très rentable à cette époque. Le banquier Dominique André participe activement au lotissement d’un nouveau quartier en vogue : le « nouveau quartier Poissonnière » situé dans l’actuel 10e arrondissement, entre la rue du faubourg Poissonnière à l’ouest, la rue du faubourg Saint-Denis à l’est, la rue de Chabrol au nord, la rue de Paradis au sud. Il s’est associé à François Cottier, au banquier Jacques Laffite, à l’architecte Constantin (le principal investisseur et bâtisseur de la Nouvelle-Athènes) et au duc de Bassano.
L’un de ses fils, Ernest André (1803-1864) sera à son tour un puissant banquier et homme politique français. Il épouse d’ailleurs Louise Cottier, la fille de l’associé de son père, François Cottier, devenu Régent de la Banque de France. Député du Gard, il est directeur de la Caisse d’Epargne en 1856.
Mais c’est son fils Edouard André (1833-1894) et l’épouse de celui-ci, Nelly Jacquemart (1841-1912), qui vont le plus marquer le paysage parisien avec leur somptueuse demeure, l’hôtel Jacquemart-André. D’abord officier dans l’armée, Edouard André en démissionne à l’âge de 30 ans. Député du Gard de 1864 à 1870, héritier d’une immense fortune, il décide de se consacrer à sa passion : collectionner meubles, tableaux et objets d’art. En 1868, il demande à l’architecte Henri Parent de lui dessiner un somptueux hôtel particulier sur un terrain situé sur le boulevard Haussmann. Il y place ses collections.
Parent a réalisé une demeure classique inspiré du XVIIIe siècle, comme souvent sous le Second Empire. Construit sur une terrasse dominant très agréablement le boulevard Haussmann, l’hôtel comporte un avant-corps central aux fenêtres cintrées et deux pavillons donnant sur le jardin (côté boulevard). Le pavillon de droite permet d’accéder par une porte cochère à une rampe qui monte vers l’entrée principale, située dans la cour placée à l’arrière. L’ancien manège et les écuries qui accompagnaient l’hôtel ont été remplacés par un immeuble sans caractère. Au rez-de-chaussée, les André menaient une vie brillante dans les salons de réception : le vestibule débouche dans le grand salon, par des portes sculptées du XVIIIe siècle. Dans la partie centrale au premier étage sur cour, on identifie facilement l’ancien atelier de peinture de Mme Jacquemart-André. Précédé d’un jardin d’hiver, le grand escalier à deux volées en spirale et colonnes de marbre est grandiose ; il est couronné d’une fresque des Tiepolo, la Réception d’Henri III par Federico Contarini.
Au premier étage, le couple avait placé ses collections italiennes, très célèbres, de peintures de la Renaissance (Pontormo, Schiavone, Uccello, etc). Mais la demeure est surtout remarquable par ses collections d’art français du XVIIIe siècle : peintures de Chardin, Fragonard, David, Greuze, Nattier, Watteau, etc ; sculptures de Coysevox, Pigalle, Bouchardon, Clodion, Coustou, Pajou, etc ; mobilier et sièges. La peinture hollandaise et les primitifs flamands sont également très bien représentés : Rembrandt, Ruysdael, van Goyen, Van der Weyden, Memling, Metys, Van Dyck.
En 1872, Edouard André devient président de l’Union centrale des Arts décoratifs. En 1881, il épouse la peintre Cornelia Jacquemart (1841-1912), qui se faisait prénommer « Nelly ». La peintre avait fait sa connaissance dès 1872, chargée de faire le portrait de cet héritier de la finance. Le couple voyage beaucoup, notamment en Italie, et projette d’installer plus tard dans leur hôtel un musée de peintures et d’arts décoratifs.
Après la mort d’Edouard André survenue en 1894, son épouse continue à se constituer une collection grandiose. En 1902, elle rachète l’abbaye de Chaalis, où elle sera inhumée après son décès en 1912. Sans enfants, le couple avait décidé de léguer ses biens à l’Institut de France. Ce que fit Nelly Jacquemart-André contre la volonté de sa belle-famille. Dès 1913, le musée Jacquemart-André ainsi que l’abbaye de Chaalis sont ouverts au public.
Comme à l’hôtel Nissim de Camondo, les oeuvres conservées à l’hôtel Jacquemart-André le sont dans leur cadre originel. Ce musée est un précieux témoin de l’art de collectionner à la fin du XIXe siècle, particulièrement bien représenté dans le 8e arrondissement.
Le musée Jacquemart-André est ouvert à la visite. On peut visiter les collections permanentes ainsi que des expositions temporaires de très grande qualité. Cliquez ICI pour les informations pratiques.
Franck Beaumont

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