Avant ce magnifique projet, son architecte, Christian de Portzamparc, s’était déjà illustré dans plusieurs interventions parisiennes : le quartier des Hautes-Formes et le conservatoire de Musique du 7e arrondissement.
Portzamparc s’affirme comme un grand architecte du mouvement (mais l’architecture n’est-elle pas sensée être toujours dynamique et incarner le mouvement ?). Il excelle à créer des façades vivantes, dynamiques, rythmées par les formes et les couleurs ; c’est également le grand représentant d’un courant dans l’architecture contemporaine, la fragmentation.
Il concourt au projet du nouvel Opéra Bastille (son projet, pourtant brillant, n’est pas retenu). Fasciné par la danse et l’espace, il réalise ensuite un très beau projet : l’école de Danse de l’Opéra de Paris à Nanterre (1983-1987).

Mais le chef d’oeuvre de Portzamparc va s’incarner dans un projet considérable : la Cité de la Musique à Paris. Lauréat du concours, il a pris le parti de séparer les lieux d’études (conservatoire de musique et de danse) des lieux publics (salle de concert, musée).
Pour chaque partie du programme, il opte pour l’assymétrie et, tout en intégrant les exigences fonctionnelles, il applique là à merveille son parti pris de fragmentation des volumes : il créée un ensemble varié de volumes, très rythmique et musical, associés entre eux par des vides. Il naît de sa réflexion et de ses choix une plasticité très singulière des bâtiments, qui va lui apporter une reconnaissance et une admiration à l’échelle mondiale.
Pour le conservatoire de musique et de danse, une succession de 4 bâtiments distincts en façade sur l’avenue Jean Jaurès sont réunis par un grand toit massif et débordant (hommage évident à Notre-Dame de Ronchamp, de Le Corbusier) ; ils se mirent dans les pièces d’eau posées devant le bâtiment. A l’arrière, il organise les bâtiments autour d’un jardin intérieur, havre de paix. Enfin, côté Paris, un grand toit ondulant couvrant un grand prisme dialogue à merveille avec les éléments du parc de la Villette, la promenade "cinématique" dessinée par Bernard Tschumi, faite également de toits ondulants. Le conservatoire national est achevé en 1990.

La partie est de la Cité de la Musique sera livrée en 1995 : elle est constituée d’une salle de concerts, de 3 studios de répétition, d’un amphithéâtre, d’un musée de la Musique, de bureaux, d’une rue Musicale, d’un institut de Pédagogie Musicale et Chorégraphique, et du Café de la Musique. C’est l’ensemble du programme qui est destiné au public.
Autour de la grande salle de concert en forme d’ellipse s’enroulent les autres parties du programme, tandis qu’un grand axe oblique réunit l’ensemble et se signale par une "folie" rouge (faisant partie de la trame des folies rouges du parc de la Villette), symbolisant l’entrée de la Cité (située devant la place et la fontaine). Une grande liberté formelle s’exprime dans cette 2e tranche du projet de Cité. Et la façade la plus musicale, admirablement rythmée par ses hauteurs et ses alternances de vides et de pleins, se situe côté Grande Halle de la Villette, filant vers le nord-ouest.
Christian de Portzamparc a été le premier français récompensé par le Pritzker Prize, en 1994.

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