Les eurodéputés écolos José Bové et Yves Cochet, ainsi que Nicolas Hulot, candidat à la présidentielle, ou à la candidature, participeront à la manifestation contre les gaz de schiste, qui se tiendra devant l’Assemblée nationale, le mardi 10 mai en fin de matinée, « pour maintenir la pression sur les députés ».
Ce rassemblement, initié par des « collectifs citoyens, soutenus par la Fondation Danièle Mitterrand », se tiendra le jour de l’examen en urgence par les députés du projet de loi UMP de Christian Jacob sur les gaz de schiste.
Selon les auteurs du communiqué, « les gaz de schiste ne peuvent résoudre la crise énergétique et (…) représentent une fuite en avant dangereuse pour l’environnement et les équilibres climatiques ».
Yves Cochet qualifie cette proposition de loi de « tour de passe-passe pour gagner du temps ». Il dénonce en particulier le changement de rédaction de l’article relatif à l’abrogation des permis déjà octroyés, dans le Sud comme dans le Bassin parisien, au nom d’une « fragilité juridique ».
En effet dans sa nouvelle rédaction, adoptée le 4 mai en commission, les titulaires de permis devront préciser dans les deux mois quelle technique ils emploient. S’il s’agit bien de la « fracturation hydraulique », technique si décriée et bientôt interdite par la loi, leurs permis seraient alors abrogés.
Mais pour Yves Cochet, il leur suffirait de déclarer tout bonnement « qu’ils font du karcher souterrain » et non de la fracturation hydraulique pour conserver leurs avantages… le temps nécessaire. « On ne veut pas de révolte populaire un an avant les élections et les industriels attendront un an ».
« Nous avons déposé des amendements pour revenir à la rédaction initiale » , a précisé l’eurodéputé.
France Nature Environnement (FNE, qui regroupe 3 000 associations) a également fait part de son « inquiétude » et dit « craindre un recul de la part des parlementaires ». Elle écrit dans un communiqué : « Alors que la proposition de loi initiale demandait l’interdiction de l’exploration et de l’exploitation des hydrocarbures de schiste, la version modifiée et adoptée en commission ne vise désormais que la technique de la fracturation hydraulique ». Et ainsi arrive-t-elle à la même conclusion qu’Yves Cochet : « Pourvu que la technique soit différente, les industriels pourront forer sans être inquiétés ».
Les pressions de toutes natures continueront et s’intensifieront. Ainsi par exemple la Pologne, qui succèdera à la Hongrie à la présidence de l’UE au second semestre 2011, c’est-à-dire dans les semaines qui viennent, commence-t-elle déjà à faire pression en faveur du gaz de schiste, cherchant certainement à promouvoir ses propres ressources en gaz non conventionnel.
Et le Challenges du 5 au 11 mai a rassemblé quelques fortes réflexions sur le sujet, assez proches des intérêts et des idées des milieux industriels, dont par exemple :
« Fermer la porte à l’exploitation du gaz de schiste est une grave erreur politique, dans la mesure où les Français restent un peuple technophile, qui a toujours soutenu les grands projets porteurs d’avenir ».
« La France devrait au moins tirer profit du changement complet du paysage stratégique consécutif à cette percée technologique, intervenue il y a trois ans aux Etats-Unis (…) Il y a un réexamen complet des perspectives énergétiques de la planète, bien plus abondantes qu’on ne le craignait. Ainsi une baisse immédiate et massive du prix du gaz aux Etats-Unis…Les Européens, et en particulier les Français, ne veulent pas en profiter… Les Russes sont très capables, quant à eux, de la faire… »
Les réserves prouvées de gaz de schiste au niveau mondial pourraient assurer une soixantaine d’années de consommation au rythme actuel, indiquait une récente note du Conseil d’analyse stratégique (CAS). A l’échelle mondiale, les ressources exploitables en gaz non conventionnels seraient supérieures à celles de gaz conventionnels.
Le tiers de ces ressources seraient localisées dans la zone Asie-Pacifique, notamment en Chine où un centre de recherches a été lancé, et le quart en Amérique du Nord, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Mais les sous-sols du Moyen-Orient, des pays de l’ex-URSS, d’Amérique du Sud et d’Europe abriteraient aussi des réserves non négligeables.
Nous n’avons pas fini d’entendre parler de la problématique fondamentale du gaz de schiste : préférez-vous l’énergie ou la planète ? Et je ne plaisante pas en parodiant Giraudoux : la guerre du gaz de schiste aura bien lieu !
André Balbo
sources : JDD, fenetreeurope.com, Romandie.news, LePost

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