Jean-Yves Marie-Rose, spécialiste du transport et des déplacements à l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie) constate que la manière de voir la mobilité connaît un grand changement du fait des enjeux énergétiques.
Nationalement, les transports absorbent 2/3 de notre consommation en produits pétroliers. Ils produisent 26% des émissions de gaz à effet de serre, et 36% de celles de CO2.
Ces chiffres ne doivent pas nous aveugler. Ils ne sont là que pour cadrer les choses. Ce qui compte est que le transport voit dans ces domaines sa part croître ou au mieux rester stable, alors que dans le même temps les deux autres secteurs que sont l’industrie et l’habitat voient la leur diminuer. Dans l’industrie, les solutions économico-environnementales sont capables d’apporter des réponses rapides (changement de type de chauffage, recyclage), et dans l’habitat, dès que l’on construit en HQE, les gains sont très facilement mesurables. De plus les normes de ces secteurs évoluent rapidement.
Et c’est ainsi que le transport a endossé le rôle du vilain petit canard. Selon l’INSEE, la consommation de ce secteur croit. Alors que les besoins des moteurs sont orientés à la baisse, nous ajoutons aux véhicules des technologies complémentaires de confort ou de modernité, la climatisation, un peu plus d’électronique, qui entraînent la consommation globale à la hausse.
Les temps changent. On recherche maintenant la rupture. La fonction de l’ADEME est d’accompagner la tendance. On explicite l’enjeu. On donne des éléments techniques, un cadrage, un cahier des charges, et on recherche des solutions originales.
Comment se déplace-t-on dans l’espace ? Le premier mode est la marche à pied. Selon une enquête récente, 30 à 40% des déplacements se feraient à pied. Parmi ceux effectués en voiture, 1 sur 2 couvrirait une distance inférieure à 3 km.
La marche est un mode de déplacement agréable et sympathique. On s’arrête quand on veut, on flâne, on règle sa vitesse, sans gêne, sans sanction, sans dépense.
1 déplacement en voiture sur 8 fait moins de 500 m ! Et seul 1% sert à déplacer des choses lourdes !
Le bon sens est appelé au secours. Pourquoi avons-nous vécu une telle modification de nos comportements ? La prise de conscience des effets de la massification de l’automobile sur notre vie quotidienne est immédiate quand on pose à une personne de 50 ans la question « Comment faisiez-vous quand vous étiez jeune ? »
On a arrêté de marcher en milieu rural ! On continue un peu (par réaction d’opposition ?) en milieu urbain.
La marche serait devenue (comme l’apprentissage ?) ringarde. Son image a besoin d’être ré-investie, revalorisée.
Il y a une psychologie de la rue. Des rapports sociaux s’y instaurent. Si l’on se sent en insécurité, il n’y aura pas d’échanges. En voiture, on crée beaucoup moins de liens qu’à pied.
Obtenir que les gens fassent ce delta supplémentaire de marche à pied dans leur vie quotidienne se plaide aisément sur le terrain économique. La marche nécessite… le coût des chaussures. Tous les autres modes de déplacement nécessitent un support. Chacune de leurs actions, et parfois même leur absence d’actions a un coût : abonnements, stationnement, etc.
Convaincre les gens d’être davantage piéton, ou de le redevenir passe aussi par l’équipement. Il faut des trottoirs, des voies, pas trop d’escaliers, des ascenseurs, des escalators.
Pour les déplacements les plus connus (domicile / travail ou école), les plus structurés, les différents partenaires ont été mis autour de la table. Il y a eu échange. Des solutions originales ont été avancées (voir le petit âne de la photo, dans une expérience de Pédibus sur un trajet domiciles école). On influe ainsi progressivement sur la part modale par rapport à l’ensemble.
Dans les 50 dernières années, d’énormes investissements ont été faits pour la voiture : voierie, stationnement, etc. Aujourd’hui on inverse la tendance.
De premiers signes encourageants apparaissent. L’année dernière, pour la toute première fois, la consommation de carburants a diminué ! Et il n’y a pas eu de rattrapage ultérieur !
On commence très clairement à rationaliser ses déplacements. On conserve ces nouvelles « bonnes » habitudes. Alors qu’avant les investissements lourds des agglomérations étaient souvent motivés par le prestige, aujourd’hui à Lyon, Toulouse, Marseille on s’oriente vers un PDU, dans un vrai positionnement d’une offre collective.
Précédemment nous restions encore dans l’intention. On exprimait que la part de la marche et du vélo devrait croître de 10%. Sans se donner les moyens d’en mesurer les résultats. Aujourd’hui on se donne les outils de mesure pour vérifier que l’intention est bien passée dans la réalité. Le PDU en est un.
Il y a maintenant une volonté mais aussi une sensibilité à ce que la mobilité soit dorénavant moins impactante pour l’environnement. On assiste pour la voiture à l’émergence remarquée de nouvelles pratiques. Dans l’auto-partage, le véhicule est mis à disposition. On approcherait là un équivalent au système de multi-propriété. Le co-voiturage s’organise dans un nombre croissant de sociétés. On fait le même trajet ensemble. On parle, on sympathise. Air France installe un plan de déplacement entreprise alors que la compagnie pratique le remboursement intégral des frais de trajet. On doit aujourd’hui veiller à ce qu’il n’y ait pas qu’une seule personne dans une voiture.
La remise à l’honneur de la marche offre d’importants gains en termes de santé publique. La voiture a contrario présente de gros risques. Elle ne permet pas suffisamment l’élimination des calories de l’automobiliste, favorise l’obésité et les problèmes cardio-vasculaires.
Les temps changent et les comportements aussi, car les gens sont parfaitement conscients que des évolutions dans les modes de transport sont devenues plus que nécessaires.
Cette série d’articles sur la marche à pied (moyen de déplacement commode et idéal, exercice hautement bénéfique, sur ses aspects pratiques, ludiques, philosophiques, sur le matériel, les rencontres, les plus belles promenades, les performances, les événements) accueille vos suggestions. Elles seront étudiées à la loupe et susceptibles d’enrichir cette rubrique. A bientôt, andre.balbo@wanadoo.fr
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