Le Centre Pompidou organise et présente jusqu’au 9 janvier 2012 la rétrospective ludique, mystique et abondamment sexuée de « Yayoi Kusama », dont l’œuvre considérable a été bâtie sur les obsessions de l’artiste, aujourd’hui âgée de 82 ans, et sur la répétition de motifs, dont le célèbre pois. Celui-ci pourrait signifier : « L’esprit des hommes qui s’élève dans l’Univers pour s’unir à l’éternel… »
Née au Japon en 1929, Yayoi Kusama a suivi une formation classique à l’Ecole d’art de Kyoto. Son adolescence a été terriblement marquée par Hiroshima. Estimant que le Japon ne lui offrirait aucun avenir, elle s’installa en 1957 à New York, où elle rencontra, bien évidemment, Andy Warhol. "Elle se libèrera de tout lien et s’exprimera alors par la peinture, la sculpture, l’écrit, la chanson ou la performance. Ses accumulations, ses environnements ainsi que ses performances ont le plus souvent comme enjeu la libération sexuelle, critique violente de la société de consommation et politisation de l’art."
Cette exposition du Centre Pompidou nous ouvre à l’étrange univers de Yayoi Kusama, et cela dès l’entrée, en nous faisant pénétrer dans cette salle à manger de pois de toutes les couleurs, brillants, tapis dans la pénombre.
Ces pois dont Yayoi Kusama dit : « J’ai vu les premiers à l’âge de 10 ans et je continue à en voir encore ». Ils lui seraient apparus alors qu’elle regardait le motif à fleurs d’une nappe, et elle en aurait conservé l’empreinte sur sa rétine alors qu’elle regardait le plafond...
La chambre de Yayoi Kusama est une chambre magique, labyrinthe de lumières (250 lampes-bulbes) aux reflets changeants, et rebonds visuels de pois à l’infini.
La légende de Yayoi Kusama décrit aussi sa « folie » comme un ressort fort de sa création. Ne vit-elle pas depuis la fin des années 70 dans un asile psychiatrique au Japon, comme si elle logeait tout simplement dans un palace, continuant de créer abondamment dans son atelier proche.
Pour Chantal Béret, la commissaire de l’exposition, « Kusama occupe une place singulière dans l’histoire de l’art contemporain, à l’instar d’autres grandes artistes femmes comme Eva Hesse ou Louise Bourgeois ». Elle en souligne l’« extrême radicalité ».
La rétrospective commence avec de petites peintures oniriques des jeunes années fortement influencées par les surréalistes. Des œuvres qui se caractérisent par une recherche de couleurs subtiles. Aux Etats-Unis, elle peint les « Infinity Nets », grands tableaux monochromes, initialement blancs, puis jaunes, rouges, noirs.
Elle participera à New York à l’explosion contestataire des années 1960, organisant des happenings dans lesquels des jeunes garçons et filles, nus, de gros pois peints sur le corps, formaient dans les rues de joyeuses mêlées, et que l’on peut revoir grâce à des enregistrements vidéos.
Kusama développe alors un autre de ses motifs obsessionnels : le phallus, qu’elle fabrique dans des quantités délirantes, avec des toiles de draps qu’elle découpe, coud et rembourre. Ils seront collés sur des fauteuils, des escabeaux, rempliront des chaussures. Et l’artiste se mettra en scène au milieu de ces « accumulations ».
Le retour au Japon, en 1973, est douloureux. Tentative de suicide en 1976, installation à l’hôpital psychiatrique. Les phallus se font reptiles, s’enroulant autour de poteaux ou jaillissant du sol.
L’utilisation du pois devient systématique dans de nouveaux « environnements ». Dans un espace clos, des miroirs démultiplient les pois à l’infini autour du visiteur. De petites ampoules de couleurs, qui s’allument ensemble ou alternativement, créent un univers féérique.
Ces dernières années, Yayoi Kusama a peint des tableaux aux couleurs vives qui font penser à de l’art brut, emplis d’yeux et de visages de profil.
Yayoi Kusama, Centre Pompidou, Paris 75004, 01 44 78 12 33 Galerie Sud, niveau 1 Tlj sauf le mardi, de 11 à 21h, nocturnes le jeudi jusqu’à 23h Tarifs : 12 ou 9€, gratuit pour les moins de 18 ans.
André Balbo
sources : Culturebox, Le Figaro, Evous

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