
Un bar séculaire depuis le 26 novembre 2011 ! Respect. Un siècle, imaginez ! Combien de cirrhoses ou de delirium tremens au comptoir, ou au compteur ?
Légendaire, le Harry’s Bar l’est surtout parce qu’il est devenu au fil du temps le plus vieux bar américain de Paris, et que les Américains adorent se sentir chez eux ou reconnaître un morceau de leur pays. Facilement nostalgiques, quoi !
Son décor est celui d’un antique bar de Manhattan, fondé en 1860, qui dut fermer pour de peu avouables raisons... Il fut démonté puis remonté pièce par pièce, boiserie par boiserie à cette adresse, rue Daunou à Paris en 1911, initialement sous le nom de "New-York Bar", le 26 novembre, pour le Thanksgiving’Day, par un ancien jockey américain, Tod Sloan, en délicatesse en Amérique à cause de la prohibition ! Autant dire que les murs en boiseries d’acajou sont, au choix, historiques ou authentiques, en tous cas du meilleur effet.
Tous les Américains, habitant Paris, ou même ne faisant qu’y passer, connaissent cette adresse culte, tenue aujourd’hui encore par les descendants de la famille MacElhone, dont le "Harry" la racheta en 1923, en y accolant son prénom.
Le lieu est habité, ou plutôt hanté, c’est une certitude, puisqu’il fut en son temps lieu de rencontre ou de rendez-vous des Américains de Paris et de nombreuses célébrités parisiennes : Ernest Hemingway, Jean-Paul Sartre (décidément peu rancunier avec les USA), Antoine Blondin (qui avait par ailleurs aussi bien du talent), Bill Tilden, Jacques Prévert, Coco Chanel (pendant la guerre ?), Jack Dempsey, Rita Hayworth, Scott et Zelda Fitzgerald ou Humphrey Bogart... Mais, tout à fait entre nous, ne nous leurrons pas, ces gens-là buvaient quand même un peu (ou beaucoup) partout à Paris, et d’autres établissements ont habillement conservé leurs signatures gravées sur certaines de leurs tables à des fins touristiques, que cela soit vers Montparnasse, Montmartre ou ailleurs.
On a raconté encore qu’Hemingway, arrivant à Paris bien avant la 2e DB, attendit là la Libération de la capitale en buvant de trop nombreux verres. On ne prête décidément qu’aux riches...
Le lieu a su faire des cocktails sa spécialité et sa légende, et revendiquerait même l’invention de certains : Bloody Mary (en 1921 : vodka, jus de tomate, de citron, tabasco rouge, pour les néophytes, Worcestershire sauce et sel de cèleri), White Lady, Monkey Gland et Blue Lagoon en tête. Qui irait vérifier ? Alors, si vous cherchez un endroit à la glorieuse devanture dans le quartier de l’Opéra pour discuter en sirotant des cocktails jusqu’au fond de la nuit (enfin n’exagérons pas quand même, l’établissement ferme à 3h les vendredi et samedi, et à 2h les autres jours, mais c’est après minuit quand même), c’est "the place to be". Ça peut le faire.
Les avis sont malgré tout très partagés sur le Harry’s Bar. L’esprit des grands anciens y flotterait-il encore certains soirs ? Ou ne serait-il pas devenu une coquille un peu vide. Convenons que leur art du cocktail est intact et mérite, pour ceux qui ne connaitraient pas encore, quelques explorations.
De plus, pour ce centenaire, le barman a dans sa manche 5 tout nouveaux cocktails, dont :
le Lovetto, un long drink à la crème de coco, jus de pamplemousse, mandarine Napoléon et bourbon (12,5€) ;
le MCC, un short drink au jus de citron pressé, sirop de concombre et bourbon Maker’s Mark (15€).
Quelques gloires plus contemporaines n’hésitèrent pas à signer le Livre d’Or, comme Romane Bohringer, Zazie, Quentin Tarantino ou Valérie Lemercier
De loin en loin, des événements animent par ailleurs le lieu et la communauté des Américains de Paris, comme, depuis 1924, la tenue d’élections (Straw vote) en prélude de celles des États-Unis (2 erreurs sur la désignation du président élu en 90 ans), ou l’accompagnement des grands événements sportifs typiquement américains.
Une soirée américaine à Paris ? Le restaurant Joe Allen, rue Pierre-Lescot dans le Ier puis le Harry’s Bar. Le sens inverse serait tout aussi valable !
Piano-bar au sous-sol. Gershwin n’y plaça-t-il pas l’ultime note de son fantastique Un Américain à Paris ?
Pour Isabelle, descendante du Harry initial, ce bar "n’est pas un lieu branché... et ne sera donc jamais démodé".
André Balbo
A noter : On peut y boire de l’absinthe... Retrouvez notre article Où boire de l’absinthe à Paris ?
sources : Harry’s Bar, Le Monde, visites

envoyer par mail
Imprimer la page