Le musée national Picasso, logé depuis 1985 dans le bel Hôtel Salé (XVIIe siècle), en plein Marais, a pour mission première d’être le lieu de conservation et de présentation des dations et donations des héritiers de Pablo Picasso.
Il est riche de plus de 5 000 œuvres, possède la plus grande collection publique au monde d’œuvres de Picasso, et sa réputation est mondiale !
Bien que très exigu, ce musée a détenu durant 25 ans le triste record du ratio « nombre de visiteurs au m2 » le plus élevé des musées d’Europe. Son attractivité internationale était demeurée, malgré ce handicap, considérable : 65% de ses visiteurs y venaient pour découvrir ou revoir la collection permanente. Or celle-ci est si importante, qu’il n’était jusque-là possible de n’en montrer qu’une partie, et souvent même ces œuvres devaient être décrochées afin de céder la place aux expositions temporaires !
Ainsi, certaines clauses de la donation, notamment celle de présenter de façon permanente les œuvres de la collection particulière de l’artiste, n’étaient dès lors plus respectées, et cela s’appliquait également aux fonds graphiques, ou d’archives. Il n’y avait pas de salle d’accueil ni d’ateliers pour les publics scolaires (dont le potentiel est d’au moins 100 000 enfants par an !), ni de véritable salle de conférence multimédia, pas plus que de service d’accueil et d’information, ou de cafétéria d’hiver. Voici en illustration la perspective de l’accueil du futur musée national Picasso, la seule image déjà disponible de ce futur grandiose temple de l’art moderne. © Bodin& associés © Artefactorylab
Le chantier de rénovation et de restructuration entrepris aujourd’hui au musée Picasso est pharaonique. Il devrait s’achever (pour partie) à l’été 2013... si l’entreprise chargée de la réalisation respecte son engagement de les effectuer en 18 mois.
Il permettra de restaurer les parties classées du bâtiment, mais aussi de presque tripler la surface d’exposition dédiée à la présentation des collections permanentes et aux activités annexes s’adressant au public qui passera ainsi de 2300m2 à 6300m2, cela étant facilité notamment par le départ de l’administration vers 900m2 mitoyens acquis rue de la Perle. Ainsi pourra-t-on peut-être entendre parler bientôt non plus du musée Picasso mais du « Grand Musée national Picasso ». Autant le savoir…
Rue Vieille-du-Temple, une nouvelle aile du musée sera créée (concours international d’architectes, comme il se doit, et travaux conduits en 2012-2013), mais elle n’ouvrira ses portes que début 2014, avec des galeries d’expositions temporaires.
Ainsi, à sa complète réouverture, le musée Picasso aura-t-il acquis une importance dans le Marais qu’il n’occupait pas avant, malgré sa notoriété. En plus de sa principale mission qui consiste à développer la présentation de la collection permanente et d’en faciliter l’accès à tous les publics, il sera également alors en mesure de proposer des cycles d’expositions temporaires (9, de différents formats chaque année, dont certaines importantes, consacrées à la vie et à l’œuvre de Pablo Picasso !) qui viendront enrichir et « animer » les collections permanentes.
Détail pratique d’importance, les horaires seront adaptés. Alors qu’ils étaient de 9h30 à 17h30 l’hiver, et 18h l’été, ils seront étendus à 19h30, en ajoutant une nocturne hebdomadaire le samedi soir jusqu’à minuit, afin de répondre à l’affluence du public dans le Marais en fin de semaine, et ce point paraît particulièrement judicieux.
Chaque matinée (9h30-12h30), 25 groupes scolaires, soit 800 enfants auxquels cette tranche horaire sera réservée, seront accueillis.
Il faut tout de même maintenant souligner que, compte tenu de l’exiguïté du musée tel que nous l’avons connu avant les travaux, les principales grandes expositions organisées par l’établissement l’avaient été sur des sites extérieurs :
au Grand-Palais : Picasso et le portrait, Matisse-Picasso, Picasso et les maîtres ;
au Centre Pompidou : Le Dernier Picasso, Picasso sculpteur ;
à l’Orangerie : Picasso érotique.
Et que pour les expositions Picasso/Dora Maar, ou Picasso cubiste, qui eurent lieu en 2006-2007, il avait fallu décrocher la collection permanente…
À la réouverture du musée Picasso, il est prévu encore une programmation culturelle intense, que ce soit dans la cour d’honneur rénovée, dans l’escalier d’honneur ou dans les salles d’introduction.
En plus d’une programmation d’expositions internationales à partir de ses collections (en 2012 à l’Art Gallery of New South Wales, à Sydney, puis à l’Art Gallery of Ontario, de Toronto, et au Palazzo Reale, de Milan), le « Grand Musée Picasso » s’apprête à développer un site Internet qui permettra visite et documentation des collections, la mise en ligne de son catalogue raisonné, de ses fonds d’archives et documentaires. Un musée Picasso virtuel tout simplement.
Mais de quoi se compose donc cette collection si exceptionnelle du musée Picasso ?
De 5 000 œuvres provenant de deux dations (les héritiers de Pablo Picasso, en 1979 ; puis ceux de Jacqueline Picasso en 1990, avec notamment des sculptures, des dessins et des carnets de la dernière période).
Mais elle a été complétée de la collection particulière de l’artiste, composée d’une centaine d’œuvres de maîtres anciens et modernes, par deux donations (1973, avec les "Picasso de Picasso", et 1978), et par ses archives personnelles (200 000 pièces, donation en 1992).
Parmi la centaine d’oeuvres de sa collection particulière se trouvent des pièces de statuaire ibérique, des masques africains ou océaniens, des toiles de Le Nain, Corot, Vuillard, Cézanne, Gauguin, Matisse, le Douanier Rousseau, Renoir, Braque, Modigliani, Miro, ou encore des dessins de Degas, Chirico ou Giacometti.
Le musée a mené aussi une politique d’acquisition à titre onéreux (fonds de photographies - Brassaï en 1996, Dora Maar en 1998, collections nationales - papier collé, dessins et gravures.
Quelques oeuvres, en mise en bouche, en attendant l’ouverture : l’Autoportrait et la Célestine de la période bleue, des toiles préparatoires aux Demoiselles d’Avignon, la Nature morte à la chaise cannée de 1912 (premier collage de l’art moderne), de grandes peintures du cubisme comme l’Homme à la guitare et Homme à la mandoline, et bien d’autres, et la quasi totalité de l’oeuvre sculptée.
Attendre encore un peu...
André Balbo
sources : Musée national Picasso

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