Le 14 février, Nicolas Sarkozy déclare dédier l’Année du Mexique en France à Florence Cassez, condamnée à 60 ans de prison à Mexico. Le lendemain, le Mexique se retire des festivités qui n’étaient commencées pour certaines que depuis le 3 février.
Dans ce type de manifestations, c’est le pays invité qui paye pour présenter et promouvoir ses créateurs, ses œuvres, ses talents, ses entreprises. Il serait question d’un investissement initial du pays de 22M€ entre productions, transports, assurances et communication… Le gouvernement mexicain s’est senti insulté et a tiré un trait. Cela sera-t-il définitif ?
Et voilà ainsi plus de 360 expositions, concerts, et projections, mais aussi événements économiques, scientifiques, technologiques, gastronomiques et viticoles, dont la programmation courait à travers la France jusqu’à fin janvier 2012, qui se délitent et qui sont annulées, selon la théorie des dominos, les unes après les autres.
À Paris ? « Les Masques funéraires de jade Mayas », à la Pinacothèque de Paris, annulée 10 jours avant son ouverture. Son directeur, Marc Restellini, qui dit avoir payé 300 000€ de scénographie, 700 000€ de publicité, et qui pourrait évaluer de 5 à 6M€ le manque à gagner en entrées et ventes diverses, trouverait « normal que le gouvernement français, qui a fait capoter ce projet, assume ses responsabilités ».
Au musée d’Art moderne de la Ville de Paris, « la nouvelle génération des artistes mexicains » était attendue le 10 juin. Si le Mexique se retire, 150 000€ auront été perdus en transport et assurance. Fermeture obligatoire !
Au Petit-Palais était prévue à l’automne une rétrospective du peintre Rufino Tamayo…
À l’Orangerie, rendez-vous était donné au couple Frida Kahlo / Diego Rivera…
Au musée d’Orsay, cela aurait été l’événement de cette Année du Mexique en France : vaste panorama de l’art mexicain de 1810 à 1920…
À la Cinémathèque française étaient programmés les Mélodrames mexicains des années 1940-1950, du 13 avril au 30 mai. Le réalisateur Roberto Gavaldon, l’un des plus illustres représentants du genre, était bien sûr attendu. La Cineteca de Mexico a annulé son dernier rendez-vous…
Le Festival Paris Cinéma, pour sa 9e édition, du 2 au 13 juillet 2011, proposait dans une quinzaine de lieux de la capitale plus de 250 films, dont beaucoup d’inédits, en présence de nombreuses personnalités du cinéma. Sa déléguée générale, Aude Hesbert, explique au Monde : « Notre rendez-vous avec Imciné (l’équivalent mexicain du CNC) a été annulé au dernier moment. Nous travaillions depuis un an sur cette programmation. Il est tard pour se retourner. » La participation du Mexique en voyages, droits des films, sous-titrages, avoisinerait les 40 000€. Paris Cinéma devra réduire la voilure.
Le Festival d’automne, dans sa 40e édition, prévoyait qu’un tiers des musiciens seraient mexicains. Encore une fois, 45 billets d’avion étaient pris en charge par le Mexique. Même si l’équipe du festival a jusqu’à fin avril pour réfléchir et imprimer les programmes, « les délais sont largement réduits » par les exigences des partenaires, comme les Bouffes du Nord et le Quai Branly, qui doivent s’organiser avant.
En Arles ? Avec les 42es Rencontres de la Photographie, cette ville organise le plus important festival de photo du monde. 12 expos, un tiers du programme porte sur le Mexique, qui annonçait 350 000€ et 20 billets d’avion pour ses artistes... Pour son directeur François Hébel : « L’État français affiche son mépris envers des artistes mexicains qui sont des grands défenseurs de la République, de la démocratie, et qui critiquent férocement leur société (...) Je demande que la France fasse machine arrière sur cette idée de lier l’Année du Mexique au cas de Florence Cassez ».
À Belfort ? Aux Eurockéennes, début juillet, les groupes mexicains seront là, eux aussi, sans le label.
À Bordeaux ? Au musée des Beaux-Arts, l’exposition « Diego Rivera, de Mexico au Paris des cubistes » doit, ou devait, commencer le 10 mars…
À Rennes ? Le festival de cinéma Travelling, centré sur les films mexicains, a commencé le 22 février… en avançant 40 000€ euros, en espérant la venue d’une subvention…
À Saint-Romain-en-Gal ? Dans la Vienne. Aller-retour ubuesque pour « Les cultures antiques de Veracruz ». Œuvres arrivées, déballées, installées, réemballées et réexpédiées…
À Toulouse ? Pour son festival de musique Rio Loco, du 15 au 19 juin, 133 artistes mexicains étaient prévus. Le Mexique donnait 110 000€ de billets d’avion. La ville s’est retirée du label « Année du Mexique en France », a donné de l’argent, mais le festival ne présentera que 20% du programme initial.
Francis Saint-Dizier, qui préside les Rencontres des cinémas d’Amérique latine, garderait le Mexique à l’honneur, du 18 au 27 mars, mais devra se priver de 5 des 40 films programmés. Seuls 3 des 7 invités prévus viendront, et le président espère que la Ville règlera les 25 000€ que le Mexique avait promis.
Un responsable d’institution culturelle explique au journal Le Monde : « Je ne décolère pas contre ce mépris affiché pour un pays ami et démocratique, ce mépris pour la culture. S’il s’était agi d’Airbus à vendre, Sarkozy ne les aurait pas baptisés Florence Cassez. »
Nicolas Sarkozy reviendra-t-il sur sa décision de lier la manifestation à Florence Cassez ? Quelle arrogance ! Quelle ignorance ! Quel gâchis ! Et pour quels résultats ?
Merci de nous transmettre les autres mises en danger d’expositions ou d’institutions culturelles, dont vous auriez connaissance, et qui seraient elles aussi fragilisées par cette crise diplomatique.
André Balbo
sources : Le Monde, Libération, institutions et festivals culturels

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