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 Gaz de schiste 

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19 avril 2011

Le gaz de schiste nous gardera encore longtemps sous pression…

 



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À Meaux (Seine-et-Marne), ils étaient des milliers à dénoncer le 16 avril les permis d’exploration de gaz et d’huile de schiste accordés en catimini par le ministre de l’époque de l’Écologie et de l’Énergie, Jean-Louis Borloo.

Le même week-end, des rassemblements exprimaient avec force un peu partout en France l’inquiétude qu’inspire ce sujet aux populations. À Nant, autre exemple, sur les contreforts du plateau du Larzac, ils étaient de 5 000 à 8 000 autour de José Bové. À Cahors encore, dans le Lot, de 3 000 à 5000.

Dans la précipitation, une loi sera votée dans la première quinzaine de juin. José Bové devait apporter son expertise et sa sagacité aux législateurs de tous bords, qui tenteront d’unifier le trop plein de projets législatifs chargés d’enterrer cette énorme boulette. Mais attention : comment pourrions-nous croire que de telles richesses, supposées dormir sous nos pieds, pourraient être aussi facilement oubliées par les économistes, par les compagnies pétrolières et par les politiques ?

Le gouvernement avait demandé un rapport interministériel ? Le délai de remise a été repoussé et la mission étendue. Appelée mission de recherche scientifique, celle-ci devra aussi explorer les possibilités d’exploiter ces gisements avec d’autres technologies… Selon le JDD, rien ne serait à attendre avant les résultats de l’élection présidentielle, et les rapporteurs se rapprocheront très certainement des industriels. « L’objectif est de démontrer qu’on peut exploiter du gaz de schiste en respectant l’environnement ». Mais comment fera-t-on, si Total reconnaît qu’il n’existe à ce jour aucune autre technologie d’extraction que la fracturation hydraulique d’Haliburton ?

Le gouvernement chercherait-il à éviter de trop lourdes indemnisations qui seraient dues pour dédit aux pétrolières ? En cas d’abrogation, « l’unité de compte, c’est la centaine de millions d’euros, pour l’ensemble des permis accordés », tente à tout hasard Me Marc Fornacciari, défenseur de la compagnie Schuepbach. « La jurisprudence est très claire. Elle indemnise les coûts et le manque à gagner, car le permis d’exploration mène automatiquement à l’exploitation ».

Au cabinet du ministère de l’Écologie, on doute que les compagnies puissent réclamer un manque à gagner « alors qu’on ne sait même pas s’il y a du gaz dans le sol ».

En venant discuter des projets de loi avec les parlementaires PS et UMP, José Bové compte aussi protéger l’État face aux compagnies. « Ce sont des grosses menteuses. Elles n’ont doit à rien, car la prospection n’a pas eu lieu. Et comme on a pas trouvé de ressources à ce jour, elles ne peuvent se prévaloir d’un manque à gagner ».

Hélène Bras, l’avocate des collectifs anti-gaz de schiste est d’un avis identique : « L’indemnisation ne pourra régler que les sommes engagées. » De quoi faire fondre les millions en milliers d’euros. Pour la compagnie texane Schuepbach, associée à GdF Suez sur les permis de Nant et de Villeneuve-de-Berg, la somme serait plutôt de l’ordre de 645 000€. Total, fourbe, n’évoque pas de somme et regarde ses souliers…

Aujourd’hui, la course de fond est lancée et chacun commence à faire entendre sa petite musique… Gérard Mestrallet, PDG de GDF Suez, regrette dans les Échos, que « la France tourne la page des gaz de schiste avant de l’ouvrir ».

Les industriels tentent d’effrayer l’opinion en évoquant l’inéluctabilité de la hausse des prix des carburants (Christophe de Margerie voyant le litre de carburant forcément à 2€) pour justifier une poursuite de la recherche dans ce domaine. Pour Mestrallet : « la France gèle les prix du gaz d’un côté et de l’autre refuse de produire des gaz de schiste. Je rappelle que si le gaz naturel n’est pas cher aux États-Unis, c’est grâce aux gaz non conventionnels ».

Selon de Margerie : « On ne peut pas d’un côté défendre la sécurité de l’approvisionnement en France, et de l’autre, interdire la prospection de ces fameux gaz de schiste. Comment peut-on prendre une décision définitive sans même savoir si ce gaz est présent dans le sol français et s’il est exploitable ? »

François Fillon, lors de son discours en faveur de l’annulation des permis déjà attribués, a d’ailleurs clairement déclaré : « Il n’est pas question de fermer la porte à des progrès technologiques qui permettraient demain d’accéder à de nouvelles ressources énergétiques ».

Les pétroliers accepteront-ils de patienter au-delà de 2012 ?

En attendant, nos valeureux chevaliers d’industrie voleront vers d’autres cieux. Total ne vient-il pas de passer accord avec CNPC-PetroChina pour l’exploitation d’un gisement de gaz non conventionnel en Mongolie intérieure et ne possède-t-il pas deux autres permis d’exploration de même ordre au Danemark, et six autres encore en Argentine.

Il s’agit pourtant de la même planète. Nous sentons-nous moins concernés ? Moins capables d’éprouver pour ces pays la même vigilance, et les mêmes préoccupations environnementales ?

Planétaire, le gaz de schiste est au moins une question continentale et européenne. Tentons de la régler au moins à ces niveaux.

André Balbo

sources : Le Figaro, Libération, Le Monde, Le Parisien, Les Échos, Le JDD

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derniere modification: lundi 19 avril 2011, par André Balbo

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