Ils sont 235 bouquinistes à se répartir quelque 940 jolis casiers, ces boîtes vert bouteille disposées sur les garde-fous des quais de la capitale. 235 disposés sur le trajet quasi obligatoire de la très grande majorité des touristes de Paris. Ce devrait être pour eux une fierté, que dis-je, une mission que de leur montrer des vieux bouquins, de la marchandise « honorable », originale, authentique.
De plus ces concessions accordées par la Ville de Paris sont gratuites. Ils pouvaient travailler en toute liberté, le poste de l’agent municipal chargé de surveiller leur activité a été supprimé. Que demande le peuple ? Alors comment peut-on tolérer plus longtemps ce laxisme, ses manquements, ces dénaturations d’un si beau métier ? Quel laisser-aller depuis 2000 !
Certains offrent des tableaux « made in China », d’autres des tours Eiffel. « Mais nous ne sommes pas payés par l’Office du tourisme de Paris pour faire tapisserie sur les quais ! » s’emporte Sophie Leleu, 10 ans de casiers.
La Ville va sérieusement sévir et mettre tout ce petit monde au pas. Dès la fin du mois, une commission sera chargée de choisir 20 nouveaux bouquinistes sur une liste de 85 candidats. « L’administration municipale n’a pas été très vigilante ces dix dernières années », reconnaît Madeleine Tessier, chef du développement économique et du commerce culturel (?) à la Ville de Paris. Et la mairie vient de s’apercevoir qu’un avocat parisien sous-louait ces boîtes, empochant jusqu’à 3 000€ par mois sur un domaine public, encore une fois, concédé gratuitement (!). Sans compter les occupations de casiers non déclarées…
Le cœur du problème est que les vendeurs de gadgets ont progressivement gagné du terrain. « Certains mettent en devanture des bouquins achetés au poids et cachent leurs souvenirs pour touristes derrière. » disait Jean-Louis Pellé, 18 ans de casiers quai Malaquais.
Une quarantaine de lettres recommandées sont parties depuis le début de l’année. Main de fer. « Nous leur laissons le temps d’écouler leur stock et de changer de situation (Gants de velours), mais en avril prochain leur autorisation pourra leur être retirée (Main de fer). » prévient-on au cabinet de Lyne Cohen-Solal, adjointe chargée du Commerce. Et ça risque de barder, certains professionnels étant résolus à aller devant les tribunaux.
Une association est née en janvier. Elle compte participer au festival Paris en toutes lettres en juin, et surtout instituer en octobre une journée des bouquinistes.
André Balbo
Sources : Le Parisien

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