Même si c’est un peu aride, je crois qu’il faut lire ces quelques lignes pour mieux saisir l’approche du Grand Paris que fait M. Christian Blanc.
Le fonds d’investissement Truffle Capital a cartographié les principaux pôles de compétitivité des régions technologiques d’Europe. À l’appui de ses données, l’IdF viendrait en 2e place pour l’édition de logiciels et serait talonnée par le Grand Londres.
Un pôle de compétitivité concentre dans une même zone tous les éléments d’un savoir-faire clé, les personnes qui comptent, les avocats spécialisés, les analystes. Bernard-Louis Roques, DG de Truffle, a confié à Usine nouvelle que le cluster est ainsi le garant d’une compétitivité dans son secteur et qu’il crée des emplois. Pour chaque emploi en R&D chez un éditeur, trois autres emplois sont créés dans des sociétés extérieures.
Les principaux pôles de compétitivité du logiciel en Europe sont selon lui : 1. les vallées Rhin-Main-Neckar en Allemagne, où l’activité d’édition représente 12,5 milliards d’€ de revenus et 19 047 collaborateurs en R&D ; 2. l’Ile-de-France (2,4 milliards d’€ et 5 863 salariés en R&D) dont Dassault Systèmes en représente 40% ; 3. le Sud-Est de l’Angleterre, qui comprend le Grand Londres (1,8 milliard d’€ et 6 670 collaborateurs.
M. Roques fait toutefois remarquer que le Royaume-Uni compte deux autres régions dans le Top 10 : le Nord-Est (1,3 milliard d’€) et l’Est (565 millions), respectivement en 4e et 7e positions.
Son analyse est que : « La France a beau être un pays centralisé, l’Ile-de-France est dépassée par l’Allemagne et rattrapée par le Royaume-Uni. Lorsque les leaders hexagonaux, comme Business Objects (racheté par SAP en 2007) et Ilog (par IBM en 2008), passent sous pavillon étranger, on constate que leurs centres de décision se déportent dans ces pays et qu’ils recrutent de moins en moins en France ». L’autre risque serait que nous devenions « un pays où ne seront localisés que des intégrateurs de logiciels, sans véritable capacité de R&D dans l’édition ».
D’où la nécessité de favoriser l’émergence de pôles de compétitivité sans s’éparpiller. « Le plus sûr moyen de ne pas compter au niveau mondial dans le logiciel serait de ne pas se concentrer sur l’Ile-de-France où il y a déjà du potentiel » conclut-il (rappelant qu’il en est de même pour Toulouse avec l’aéronautique par exemple). Et effectivement, aucune autre région française ne figure dans le haut du classement pour le logiciel. Rhône-Alpes n’a fait que 259 millions €, et le Nord-Pas-de-Calais 169.
Christian Blanc a convié à déjeuner jeudi quelques journalistes à Clichy-sous-Bois (93). Claude Dilain, maire PS de la ville, accueillait cette réunion. Il était entouré de ses homologues de Montfermeil (Xavier Lemoine, UMP), Sevran (Stéphane Gatignon, EE), Livry-Gargan (Alain Calmat, UMP) et Aulnay-sous-Bois (André Segura, PS). Autrement dit les communes enclavées du 9-3 et, pour trois d’entre elles, comptant parmi les plus pauvres.
Il était important pour Christian Blanc « d’avoir ce premier déjeuner de presse ici parce qu’il n’y aura pas de Grand Paris sans développement de la cohésion sociale ».
« C’est un territoire stratégique qui doit être immédiatement mis en avant », a-t-il insisté. Il voit en particulier dans les gares « un outil de développement économique puissant ». Justement, presque tous les maires présents en ont réclamé une mais, même si le futur métro passe par chez eux, les gares ne seront distribuées qu’au compte-goutte.
« Dire que la double boucle ne devra servir qu’aux cols blancs pour aller d’un pôle de compétitivité à un autre est une sottise sans nom » a déclaré le ministre. C’est pourtant bien comme cela que Jean-Paul Huchon, président PS de la « région capitale », décrit le projet de Blanc. Et pour ce dernier, communiquer à Clichy-sous-Bois servirait donc de contre-feu à ce type d’attaque. Pour les élus autour de la table, l’essentiel est d’abord que ce territoire ait été retenu sur le tracé.
Comme nous l’avons vu hier, même si le financement du projet du Grand Paris paraît incertain, comme d’ailleurs son calendrier, pour le moment, comme ces élus, on peut toujours attendre et espérer encore un peu. Pour voir…
À bientôt,
André Balbo
Sources : L’Usine nouvelle, Libération, Le Parisien,
envoyer par mail
Imprimer la page