En janvier 1910, Paris connaît durant une semaine une inondation exceptionnelle, la plus importante de son histoire après celle de 1658. Elle est provoquée par des conditions météorologiques exécrables. A un été 1909 particulièrement pluvieux succède un hiver marqué par des précipitations de pluie et de neige importantes, qui saturent d’eau les terres et causent une forte montée de la Seine.
De nouvelles pluies torrentielles à partir du 18 janvier 1910 déclenchent des crues du fleuve et de
ses affluents, touchant la région parisienne puis la capitale. L’eau qui envahit Paris,
circulant à la fois en sous-sol et en surface, provient à la fois de l’accumulation des
eaux de pluie, que les sols saturés ou gelés ne peuvent plus retenir, des remontées
des nappes d’eau souterraines et des débordements du fleuve.
L’eau envahit d’abord les quais puis se propage dans de nombreuses rues.
Certaines artères principales, comme les boulevards Saint-Germain et Haussmann,
sont particulièrement inondées. Dans les quartiers bas de la capitale, des milliers
d’habitants doivent même être évacués. D’autres quartiers pourtant relativement
éloignés du fleuve sont fortement touchés, comme les abords de la gare Saint-
Lazare.
Douze arrondissements et plusieurs centaines d’artères de la capitale sont
inondés. Paris est frappé dans sa modernité même : les transports en commun, les
égouts, l’électricité, le ravitaillement, le ramassage des ordures et les
communications sont paralysés ou désorganisés.
Les déplacements dans les zones inondées deviennent rapidement impossibles
autrement que grâce à des planches installées sur des tréteaux. Une gestion de
fortune se met donc en place : on édifie des passerelles, on circule en barque, on
entre chez soi à l’aide d’une échelle… Paris prend alors des airs de Venise.
Les services
parisiens renforcés par l’armée et ses canots se mobilisent très vite pour maintenir le
fonctionnement des activités fondamentales et organiser les secours. De nombreux
pêcheurs bretons ou normands viennent leur prêter main forte en débarquant à Paris
avec leurs propres barques. Un formidable élan de solidarité se fait jour dans toute la
France comme à l’étranger.
Des souscriptions, des soupes populaires et des asiles
permettent également d’aider les victimes de ces inondations.
La crue n’entraîna pas d’épidémie meurtrière comme on l’avait redouté et elle ne
provoqua à Paris qu’un seul décès.
La mémoire de l’inondation de 1910 ne s’est jamais éteinte, certes à cause de son
ampleur, mais aussi en raison de la médiatisation sans précédent dont elle a été
l’objet. Elle est la première catastrophe de cette envergure dont les nouveaux médias ont pu s’emparer.
La crue en quelques chiffres
- La Seine a atteint son niveau le plus haut le 28 janvier, avec une cote de
8,62m et un débit de 2400 m3 d’eau par seconde (10 fois le débit normal).
- la crue a inondé plus de 40 km de rues
- elle a duré au total 45 jours
- 20 000 immeubles et 200 000 Parisiens ont été touchés par cette inondation
- les dégâts occasionnés ont été estimés à 1,4 milliard d’euros de 2010.
Après 1910 : le temps de la prévention
La crue de 1910 a fait prendre conscience de la nécessité de préserver autant que
possible Paris et son agglomération du risque inondation. L’Ile de France est en
effet encore aujourd’hui rendue vulnérable par sa topographie. Dès 1910, et jusqu’à
maintenant, des mesures ont donc été prises et des travaux effectués pour réduire les conséquences d’une nouvelle crue majeure.
Le cadre réglementaire : le Plan prévention du risque inondation (PPRI) de Paris
En matière de prévention du risque inondation, la Ville de Paris agit sous l’égide de l’Etat dans un cadre juridique bien précis, articulé principalement autour du PPRI.
Depuis 1995 en effet, la législation impose l’élaboration de plans de prévention des
risques naturels prévisibles. Un plan consacré au risque d’inondation dans Paris, le
PPRI, a été approuvé par l’Etat en 2003 et révisé en 2007. Annexé au Plan Local
d’Urbanisme, il détermine le périmètre de la zone inondable, fixe les règles de
constructibilité dans cette zone ainsi que des prescriptions sur les constructions.
Le
Préfet dispose donc avec le PPRI d’un outil réglementaire pour limiter ou
conditionner l’urbanisation dans les secteurs à risque. Le PPRI impose également
des dispositions particulières aux organismes exerçant des missions de service
public (réseaux de transports en commun, distribution de fluide, établissements de
soins, établissements culturels et administrations).
les conséquences d’une nouvelle crue majeure.
Ce plan, consultable sur le site de la Préfecture de Paris (www.paris.pref.gouv.fr),
distingue sur Paris plusieurs zones :
- une zone d’expansion naturelle des crues (zone verte)
- une zone d’écoulement principal du fleuve (zone rouge) : elle doit être le
moins encombrée possible
- des zones urbanisées inondables (zones bleues)
Les lacs-réservoirs
En amont de Paris, 4 grands lacs artificiels permettent de réguler le débit de la Seine
et de la Marne. Ils sont gérés par l’Institution Interdépartementale des Barrages
Réservoirs du Bassin de la Seine, plus communément dénommée « Les Grands lacs
de Seine », créée en 1969 par 4 départements de la petite couronne parisienne
(Paris, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne). Cette institution joue un
rôle majeur de régulation du bassin amont de la Seine grâce à 4 grands lacs-réservoirs.
Les lacs-réservoirs limitent les inondations en retenant une partie du débit des rivières en crue. Cette action est appelée « écrêtement des crues ». Leur action diminuerait ainsi de 70 cm la hauteur d’eau à Paris dans le cas d’une crue de type 1910. Inversement, quand les débits des cours d’eau baissent, les lacs-réservoirs restituent aux rivières l’eau prélevée pendant les périodes pluvieuses. Cette action constitue « le soutien d’étiage ». Acteur majeur du Bassin amont de la Seine, les Grands Lacs contribuent à sécuriser l’alimentation en eau de la région parisienne grâce à une surveillance constante de son débit et des conditions météorologiques du bassin de la Seine.
Travaux pour ce protéger en cas de crue
La Ville de Paris a entrepris, de sa propre initiative, de nombreux travaux afin d’être le mieux protégée possible en cas de crue. Elle est aujourd’hui l’une de villes de France les mieux préparées au risque inondation.
De nombreux travaux de génie civil ont été effectués à Paris après la crue de 1910 : construction de parapets, rehaussement de ponts et des quais de la Seine, creusement du lit du fleuve, ou encore reconstruction d’écluses.
Ces travaux ont été complétés récemment par la mise en place de diverses
protections. Depuis 2006 un dispositif pour contenir la Seine dans son lit jusqu’à la cote atteinte en 1910 est opérationnel. Deux sortes de mesures ont guidé ce
système préventif :
- La mise en place de protections mobiles. Les protections mobiles sont des ouvrages métalliques léger (en partie en aluminium), manipulables aisément au moins pour ceux de hauteur courante. Ces
matériels nécessitent une préparation minimum et sont mis en oeuvre rapidement par
une petite équipe.
- La mise en place de protections permanentes par les parapets en rehaussant
certains et en remettant en état ceux qui pourraient être défaillants en cas de
crue.
Le pont de l’Alma. Paris, 30 janvier 1910.
© Albert Chevojon/ Bibliothèque Historique
de la Ville de Paris / Roger-Viollet
La rue de Lyon, janvier 1910
© Abert Chevojon/ BHVP / Roger-Viollet

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