Mercredi 6 avril, la liste annoncée par le gouvernement des véhicules polluants susceptibles d’être concernés par une interdiction de circuler dans le centre de certaines grandes villes françaises a suscité des réactions contradictoires. Mesure courageuse ? Lâche ? Électoraliste ? Faite pour susciter le renouvellement du parc ? Pour ne gêner que les classes les plus modestes ?
Dans son édition du 6 avril, Le Parisien évaluait que l’approche concernerait un total de plus de 10 millions de véhicules du parc automobile national, soit plus de 25% des voitures particulières, près de 40% des 2RM, et presque 50% des poids lourds.
Nathalie Kosciusko-Morizet, la ministre de l’Écologie, vise assez clairement les motorisations antérieures à la limitation des émissions de particules fines et d’oxydes d’azote, dans la mesure où les gaz qu’ils rejettent sont responsables d’asthme, d’allergies, de maladies respiratoires et cardio-vasculaires.
La première immatriculation de 8 millions de voitures particulières est antérieure au 1er octobre 1997. Doivent-elles être immédiatement interdites de centres-villes ?
Rappelons que ce seront les 8 communes ou groupements de communes, volontaires et retenus, qui, accompagnés par l’État, devront définir « les modalités et les conditions d’accès à la zone (d’actions prioritaires pour l’air, les déjà célèbres Zapa), en fonction du contexte local ».
Chacune de ces Zapa devra déterminer sa localisation précise, les types de véhicules, voire la période durant laquelle s’appliqueront limitations ou interdictions.
NKM expliquait même qu’ « Une agglomération peut très bien décider de ne se concentrer que sur les poids lourds, ou y ajouter les véhicules utilitaires... ».
Pour Bordeaux, Michel Duchène, adjoint chargé de la circulation et du stationnement, indique déjà qu’il ne s’agira pas de « stigmatiser la voiture ». Chers électeurs.
La fonction des Zapa sera d’initier, voire d’expérimenter des modes de déplacements différents et moins polluants.
De manière générale, les études nécessaires à ces nouveautés seront « financées jusqu’à 70% par l’État, et il faudra bien leur accorder plusieurs mois ».
Pour Lyon, Michel Reppelin, chargé de la mission développement durable à la communauté urbaine : « Il va nous falloir étudier ce qui existe déjà à l’étranger, établir des scénarios, et surtout étudier les aspects sociétaux et économiques de ce type de décision. L’État est un peu stressé, mais chaque chose en son temps. On ne fait pas une révolution en un mois ! » Selon Jean-Louis Touraine, premier adjoint chargé des déplacements urbains et de la circulation : « On ne va pas demander aux gens de changer de véhicule du jour au lendemain. Au terme de l’année 2011, nous pourrons déterminer quelques grandes lignes, mais ces mesures ne seront appliquées que très progressivement entre 2012 et 2014. Il faut laisser le temps aux habitants de s’adapter ». Ces attentions ne s’adressent bien sûr pas aux personnes souffrant de troubles respiratoires…
L’application des décisions qui auront été prises nécessitera vraisemblablement la fixation de pastilles sur les pare-brises pour que les autorités aient tout loisir d’identifier les contrevenants… qui ne risqueront qu’une amende d’environ 65€.
Et, la revoilà ! la vidéosurveillance pourrait permettre des contrôles automatiques.
On peut aussi noter les remarques fondées émanant de Denis Baupin, adjoint chargé du développement durable, de l’environnement et du plan climat à la mairie de Paris. Il fait quelques reproches au projet de décret de NKM visant à établir une classification des véhicules en fonction de leurs émissions polluantes.
Selon lui le dispositif Zapa ne concernerait que deux polluants (le dioxyde d’azote et les particules), mais il ne saurait être compris et accepté par les usagers que s’il lutte également contre le changement climatique. Évidence !
Pour cette raison, le dossier déposé par la Ville de Paris, et approuvé à l’unanimité du Conseil de Paris (vous avez bien lu, u-na-ni-mi-té !), prévoit de prendre en compte non seulement les émissions des deux polluants mentionnés plus haut, mais aussi celles de gaz à effets de serre (CO2).
Denis Baupin ajoute : « Faute de prise en compte des émissions de CO2, seuls les véhicules diesel les plus anciens et les moins coûteux pourraient être concernés par la Zapa, tandis qu’échapperaient à toute restriction les véhicules les plus puissants, les plus consommateurs d’énergie fossile et les moins adaptés à la ville. Ainsi ne seraient essentiellement touchées que les catégories sociales les plus vulnérables. »
Finement observé, M. Baupin ! Voulez-vous dire que vous avez pour la Zapa de Paris des arrière-pensées concernant les 4X4, les Cayenne et les gros diesel super pouët-pouët ? Vous avez certainement mal lu la note d’intention de la ministre. Elle avait pourtant pris grand soin de ne pas y toucher, et de les laisser libres comme l’air. Comme l’air ?
Chaque année 42 000 Français meurent de façon prématurée du fait de la pollution de l’air selon l’Organisation mondiale de la santé. Et dans cette affaire, les habitants de l’agglomération parisienne sont particulièrement bien exposés !
André Balbo
sources : Le Monde, France Info, ministère de l’Écologie, Ville de Paris, Le Parisien

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