L’équipe actuelle de dirigeants du Monde, Éric Fottorino, président du directoire, et David Guiraud, directeur général du Monde, pourra-t-elle rester à sa tête jusqu’au 15 mai ? Apparemment les événements se précipiteraient…
Le directeur du Monde, Éric Fottorino a critiqué les manières de ses nouveaux actionnaires qui ne lui auraient toujours pas trouvé de successeur. Il a adressé une lettre, destinée à devenir publique, que l’on pourrait qualifier de « franche », à Louis Dreyfus, conseiller de Matthieu Pigasse, l’un des 3 repreneurs du groupe de presse, avec Xavier Niel et Pierre Bergé.
« Si je me suis personnellement et nettement prononcé pour le rachat du groupe par Le Monde libre plutôt que par ses prestigieux concurrents – Le Nouvel Observateur, Prisa –, c’est sur la base d’engagements forts et clairs pris par MM. Bergé, Niel et Pigasse (…) de s’appuyer sur son management, sur ses équipes, pour redresser la situation financière et mettre en œuvre une stratégie définie en commun. (...) Depuis la mi-novembre, aucun de ces engagements n’est tenu. Je suis déçu. Je me sens trahi. »
Chacun considère que cette lettre constitue clairement un point de non-retour et le constat que le climat de confiance entre le directoire actuel du Monde et les repreneurs du groupe se serait déjà fortement dégradé. Il y est question d’un « harcèlement moral managérial qui montre son visage mais ne dit pas son nom ».
Le principal reproche contenu dans ce courrier est adressé à Michaël Boukobza, ancien directeur général d’Iliad et homme de confiance de Xavier Niel, qui aurait reçu mandat de réduire les coûts au Monde, et à Louis Dreyfus, de « déposséder le directoire de toute fonction de gestion, de négocier un budget sans son aval, de mettre en œuvre des restructurations qui l’exposent », alors qu’ils ne disposeraient ni l’un ni l’autre de mandat légal pour prendre de telles décisions.
Louis Dreyfus a rencontré le 8 décembre le pôle d’indépendance, puis la direction de la rédaction, auxquels il aurait dit n’avoir pris aucune décision de gestion.
Si les équipes du groupe de presse reconnaissent qu’il est indispensable de réaliser des économies, la manière brutale avec laquelle cela a été immédiatement imposé et appliqué aurait été mal ressentie dans la mesure où rien n’aurait été expliqué au préalable.
Il est vrai que dans les traités de savoir-vivre, le chapitre consacré aux repreneurs d’entreprises est souvent désespérément mince.
Au conseil de surveillance du 15 décembre, maintenant très impatiemment attendu, les choses devraient être très précisément clarifiées. Le projet « industriel » et les grandes lignes stratégiques des repreneurs du Monde devront être annoncés. Un nouveau membre du directoire devrait être nommé. Il pourrait s’agir, c’est le bruit qui court, de Louis Dreyfus, qui deviendrait directeur financier. Et Pierre Bergé remplacerait Louis Schweitzer à la présidence du conseil de surveillance.
André Balbo
sources : Éric Fottorino, Les Échos, Old fashion media

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