Masse et maçons.
On était tous dans le hall d’entrée. Et Bart a coupé le patron pour dire, assez remonté, que ce n’était quand même pas une histoire d’escalier ou de largeur de porte qui allait empêcher Colette de travailler. Puis, il a ajouté qu’au pire, il se proposait de la porter jusqu’à son poste de travail. Ça m’a sacrément étonné. Car d’habitude, Bart ne parle pas. Sauf à Colette, tiens, justement ! Le matin et le soir, en partant ou en revenant des chantiers. Le patron a secoué la tête. Il a répondu que Bart n’allait quand même pas emmener Colette jusqu’aux toilettes, par exemple. Qu’il ne se rendait pas compte, mais qu’il y avait plein de choses à aménager, plein de dossiers à monter si on voulait des aides… Que c’était compliqué. Surtout depuis l’accident de Colette, d’ailleurs ! Depuis qu’il n’avait plus de secrétaire. Et de moins en moins de chantiers, avec cette crise. Et que ça suffisait ! Que c’était comme ça, même s’il en était le premier désolé. Alors Bart a fait un truc dingue : il a saisit la masse qui était à côté et en a mis un grand coup dans le chambranle de la porte en criant :

Et, tout tremblant, il a foutu le camp. Alors là, moi, j’ai eu carrément peur… Pour lui. Surtout à un moment où je savais que le patron, il avait bien du mal à nous payer, chacun… Alors, un peu pour faire diversion, j’ai annoncé que je voulais bien venir bosser ce week-end, gratos, pour aménager les locaux. Et Raoul et Max ont dit qu’eux aussi. Le patron a respiré un grand coup. Il à réfléchit… avant de dire qu’il savait à quel fournisseur demander des sanitaires adaptés, pas trop chers. Et qu’il verrait son comptable, pour les subventions. Le soir, j’ai appelé Colette pour tout lui raconter. Il y eut un silence à l’autre bout du fil. Puis, elle a proposé que samedi, après avoir bossé, on vienne tous chez elle, pour dîner.
Etre en fauteuil roulant ne m’empêche pas de cuisiner ! a t ‘elle ajouté.
Puis, Colette m’a demandé le numéro de téléphone de Bart. Il parait que c’est juste pour savoir ce qu’il aimerait manger…
Une histoire de Quitterie Simon

envoyer par mail
Imprimer la page