La première à la Comédie-Française de la pièce de Carlo Goldoni « La Trilogie de la villégiature » devait faire événement puisqu’elle devait inaugurer la salle en bois de 700 places dressée dans les jardins du Palais-Royal, et déjà appelée le « Théâtre éphémère ». Cette salle doit accueillir la troupe durant l’année de travaux que subira la Salle Richelieu.
Une grève illimitée vient d’être déclarée par les comédiens qui, déjà entre le 27 et le 31 décembre 2011, avaient perturbé 5 représentations.
Le 11 janvier a donc commencé cette grève pour laquelle un préavis avait été déposé par 3 syndicats de la Comédie-Française, - la Synptac-CGT, la Snapac-CFDT et la SADPCF-UNSA -, qui faisaient valoir qu’ils n’avaient obtenu aucune réponse satisfaisante à leur demande de négociations sur les grilles de salaires dont l’ouverture était pourtant prévue par un accord de mai 2008.
Muriel Mayette, administratrice générale de la Comédie-Française, estimait quant à elle : « mon devoir est de protéger vos métiers, notre public et la troupe. Je continuerai donc en conscience et avec les acteurs à lever le rideau encore et toujours, quoi qu’il arrive (…) Le temps n’est pas venu de nous empêcher d’ouvrir un nouveau théâtre (…) Il est légitime de se battre pour la reconnaissance de son travail, de s’investir pour que la place de chacun soit reconnue (...) C’est un combat que j’entends (...) Mais pas maintenant, pas de cette manière et pas ici ! »
Le cœur du litige tient au maintien d’une inégalité flagrante des rémunérations à la Comédie-Française, selon que l’acteur est pensionnaire ou sociétaire, inégalité qui aujourd’hui « n’est socialement plus tenable » selon le Synptac-CGT. En effet, 76,5% des parts des recettes excédentaires de l’établissement reviennent aux sociétaires (dont l’effectif est aujourd’hui de 37), et depuis les années 1990 seulement 16,5% aux membres du personnel (soit 381 personnes, dont 21 pensionnaires). Un principe de redistribution qui ne date que de… 1680, et mériterait certainement d’être… amendé.
Une négociation devrait donc prochainement être engagée et répartir de façon plus consensuelle, si ce n’est juste et équitable, les rémunérations mensuelles qui en moyenne seraient de l’ordre de 7 200€ pour les sociétaires, 4 000€ pour les pensionnaires (qui perçoivent des primes appelées feux quand ils jouent), et 2 100€ pour le personnel technique et administratif. Faut-il pour autant considérer que la rémunération des sociétaires serait exagérée ? N’est-ce pas là, comme le dit Denis Podalydès dans un entretien au Monde "le prix de l’excellence" ?
En attendant, les non-grévistes pourraient interpréter « Le Malade imaginaire », et convoquer ainsi le grand Molière durant cette période légèrement troublée. Est-ce pour rappeler qu’un acteur se doit de jouer en toute circonstance et quelles que soient les conditions ? Ou plus sobrement pour inaugurer le Théâtre éphémère du 11 au 15 janvier 2012, repoussant le Goldoni au 16 janvier ?
Les guichets du Théâtre éphémère sont ouverts pour toute demande de report de place et de remboursement de 11 à 18h.
André Balbo
sources : jeanmarcmorandini.com, Le Monde

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