Cette exposition se tient jusqu’au 19 mars au musée Delacroix, chez celui qui fut pour beaucoup le grand frère, celui qui entraînait tel son immortel tableau La Liberté guidant le peuple, celui qui en son temps avait entamé la longue marche de l’art vers la modernité.
En 1863, l’année où le Déjeuner sur l’herbe, de Manet faisait scandale au Salon des Refusés, Eugène Delacroix mourait, dans son appartement-atelier de la place de Fürstenberg à Paris, dans le VIe. Le vieux lion s’éteignait dans une relative indifférence et dans la tiédeur d’officiels hommages, mais recevant les vibrants hommages de ses amis peintres, dont Gustave Courbet.
Un an plus tard, Henri Fantin-Latour lui exprimait davantage que son admiration posthume par son magnifique tableau manifeste Hommage à Delacroix, en reconnaissant en ce maître un père de la modernité. Sur cette oeuvre d’anthologie figuraient dix personnalités, peintres pour la plupart, résolument novateurs, une génération qui se reconnaissait fortement influencée par le romantisme de Delacroix, et qui revendiquait la liberté de l’art et le libre accès à la modernité contre le poids des conventions.
Exceptionnellement prêtée par le musée d’Orsay, le tableau l’Hommage à Delacroix devient la pièce maîtresse de l’exposition au musée Delacroix intitulée "Fantin-Latour, Manet, Baudelaire : L’hommage à Delacroix".
Autour de cette célèbre peinture, première d’une série que Fantin-Latour dédiait aux artistes de son temps, l’exposition présente certains des dessins préparatoires, des esquisses peintes, des correspondances, et même quelques photographies, et cela met en exergue certains éléments troublants.
Pourquoi, au fil de l’élaboration de l’oeuvre, voit-on progressivement disparaître certains personnages initialement prévus, les Florestan Myionnet, Guillaume Régamey, Théodule Ribot, ou même Madame Fantin-Latour ou Adèle d’Affry, la sculpteur ?
Pourquoi aucun des apôtres présents ne regarde-t-il dans la direction du maître Delacroix ? Pourquoi l’inspiration de Fantin-Latour puise-t-elle davantage chez les peintres hollandais de la grande époque que chez les classiques ? Quel est ce qui unifie cette assemblée-là où apparemment ne règne nulle tristesse ?
L’exposition retrace ainsi pas à pas l’aventure de cette grande toile, sa conception, ce que furent ses variantes, les heureux élus, et les exclus. Elle raconte une rude fraternité artistique à travers les portraits croisés des artistes en présence, ceux qui négligemment furent envoyés aux poubelles de l’histoire de l’art, et les œuvres qui rattachent les uns et les autres à l’héritage de Delacroix.
Cette toile rassemblait ainsi, autour d’un portrait du peintre décédé, Louis Edmond Duranty, Fantin-Latour lui-même, Jules Champfleury, Charles Baudelaire qui effectivement lui fut proche, Louis Cordier, Alphonse Legros, James Whistler, Édouard Manet qui le tenait en très haute estime, Félix Bracquemond et Albert de Balleroy, tous n’étant certainement pas des disciples fidèles, mais peut-être plus simplement un groupe d’artistes et de critiques en attente d’un art en devenir.
L’Hommage à Delacroix pose aussi le regard sur l’atelier qui était alors un lieu de sociabilité, de discussions passionnées et de partage, comme celui de Frédéric Bazille, juste situé dans l’immeuble d’à côté.
Exposition "Fantin-Latour, Manet, Baudelaire : L’hommage à Delacroix"
Au Musée Delacroix
Jusqu’au 19 mars 2012
Tous les jours, sauf le mardi, de 9h30 à 17h (fermeture des caisses à 16h30).
Entrée 7€
Vous retrouverez dans l’article « 2012 à Paris : les grandes expositions de A à Z » les différentes expositions 2012 déjà annoncées par leurs établissements et musées, et dans l’article « Calendrier 2012 des grandes expositions à Paris », ces mêmes expositions classées par dates. Nous nous efforçons de tenir ces articles à jour, et vous remercions des suggestions et corrections que vous pourriez apporter à ces programmes.
André Balbo, Morgan Le Moullac
sources : musée Delacroix, Le Figaro
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