Daniel Vaillant, ancien ministre de l’Intérieur et maire socialiste du XVIIIe, vient de présenter à ses collègues PS de l’Assemblée un rapport préconisant pour les majeurs une « légalisation contrôlée » du cannabis. Ce rapport a nécessité près de 15 mois de travail, des dizaines d’auditions, pour une dizaine de parlementaires. Martine Aubry se serait engagée à se saisir du problème et à rencontrer Vaillant.
Politiquement, le sujet est pourtant extrêmement « casse-gueule », même si, comme sur d’autres sujets de société, l’opinion a évolué depuis 2003 !
Daniel Vaillant s’est même déclaré agréablement surpris, dans la mesure où « le débat a duré une heure, il y a eu une dizaine d’interventions, mais pas d’hostilité, au contraire, beaucoup d’intérêt. »
Pour sortir de l’hypocrisie, le rapport estime qu’il ne s’agit plus de prôner une abstinence illusoire, mais de « modérer la consommation des Français ».
« Grâce à l’encadrement de la production et de la distribution, la légalisation contrôlée permettrait d’instaurer une politique de réduction des risques ».
Ce rapport demande que soient prises un certain nombre de mesures dont un renfort de la prévention, la reconnaissance rapide de l’usage thérapeutique du cannabis et la création d’une filière d’État inspirée de celle du tabac, une production sous contrôle (qualité d’un produit sain), et un système de distribution sécurisé, sur le modèle de l’alcool et du tabac. Daniel Vaillant prône aussi une lutte sans merci contre les trafiquants.
Le président du groupe PS, Jean-Marc Ayrault désapprouve en revanche l’ensemble de ce dossier, mais l’a transmis rue de Solférino, considérant que c’est : « au futur candidat à la présidentiel de s’en emparer ».
Annick Lepetit est cosignataire du rapport et juge que « si ce n’est pas nous qui posons le sujet, d’autres (suivons son regard qui désigne les écolos) le feront à notre place. »
Aucun projet de loi n’est encore prévu sur la question.
L’échec de la politique de répression sur le cannabis est patent. Jusqu’au cœur même de Paris, les dealers parviennent à tenir le pavé malgré les efforts d’une police dont les effectifs se réduisent comme peau de chagrin. Leur préférence va d’ailleurs assez souvent aux quartiers scolarisés. Et des villes, dont Sevran, connaissent d’impensables westerns quotidiens dont les récits emplissent la presse.
À ce jour, ce marché représente 3,9 millions d’utilisateurs occasionnels, un peu moins de 300 tonnes, et générerait une économie parallèle de l’ordre de 832M€. Selon les sources, dans l’année 2010, de 90 000 à 140 000 usagers auraient été appréhendés en France (8 à 10 fois plus qu’il y a 20 ans), chaque interpellation représentant un coût évalué à 3 366€ (police, justice, emploi de l’interpellé). Et la loi menace ces usagers d’une sanction pouvant atteindre un an de prison et une amende de 3 750€ !
Quel parti, quel candidat saura progresser sur cette question de façon significative, quand la France dispose encore d’une des législations les plus répressives et prohibitionnistes d’Europe, tout en affichant des niveaux de consommation parmi les plus forts ?
André Balbo
sources : Libération, Le Parisien, Le Monde

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